[CRITIQUE] LA DARONNE de Jean-Paul Salomé

Zazaxploitation hardcore. Patience Portefeux est interprète judiciaire franco-arabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Lors d’une enquête, elle découvre que l’un des trafiquants n’est autre que le fils de l’infirmière dévouée qui s’occupe de sa mère. Elle décide alors de le couvrir et se retrouve à la tête d’un immense trafic; cette nouvelle venue dans le milieu du deal est surnommée par ses collègues policiers « La Daronne ».

Prenez Paulette, Le monde est à toi et Commissaire Moulin. Mixez le tout et vous obtenez La Daronne. Très tôt dans le film, une double question prononcée par l’héroïne résume parfaitement la profonde sensation de tristesse qui habite le nouveau long-métrage de Jean-Paul Salomé: «Et si je n’avais pas envie de passer à autre chose? Si j’avais décidé de me morfondre?» La dernière scène du film, véritable instant onirique et mélancolique, donnera à cette réplique tout son sens. Il n’est d’ailleurs pas impossible que vous lâchiez une petite larme discrète, une fois le générique de fin arrivé… Le souci, c’est que ce n’était pas forcément ce que l’on était venu chercher en entrant dans la salle. Disons-le: on a connu plus fendard comme ambiance dans un film que l’on nous vend pourtant comme une comédie/polar. En réalité, le film est beaucoup plus un drame introspectif baignant dans l’univers de la brigade des stups, et parsemé ici et là d’éclairs de comédie.

Ici, Isabelle Huppert campe Patience Portefeux, une interprète judiciaire franco-arabe se retrouvant plus ou moins volontairement mêlée à un trafic de stupéfiants dont elle va prendre la tête sous une identité factice «La Daronne». Le personnage très construit, dont on entrevoit un passé mouvementé et un présent morne, donne l’occasion à notre Zaza préférée de dévoiler une nouvelle nuance de son jeu. Elle est aujourd’hui une des rares actrices capables d’insuffler une énergie complètement nouvelle à son personnage alors qu’elle n’a changé que deux froncements de sourcils et une nuance de voix par rapport à sa dernière interprétation. Et ça marche. Le film est tout entier construit pour la faire briller, et la voir cabotiner en reine de la magouille est un vrai petit plaisir coupable. Mention spéciale pour la scène de transaction devant le Tati et le Louxor de Barbès.

Seulement, plus l’enquête avance, plus on entrevoit les limites dans l’adaptation du roman d’Hannelore Cayre. La restructuration du scénario pour en faire moins un polar qu’un film performance à la gloire de Zaza rend la progression du film laborieuse. Le personnage de Patience Portefeux est plus que la pierre angulaire du film, il en constitue le sujet, le déroulement et la conclusion. Tous les enjeux reposent sur elle, et la mise en scène rarement inspirée ainsi que les seconds rôles peu développés nous laissent sur notre faim. Cependant, en ces temps compliqués où la diversité et la qualité se font rares, nous ne pouvons que vous encourager à donner sa chance à La Daronne. Rien que pour ajouter une Zazaxploitation à votre collection… G.C.

Les articles les plus lus

« The Bride » de Maggie Gyllenhaal : un film qui court contre le monstre

Le second film de Maggie Gyllenhaal s’ouvre sur une...

[LAKE MUNGO] Joel Anderson, 2008

Pour donner naissance à un film culte, rien ne...

Bertrand Bonello tourne « Santo Subito ! », Mark Ruffalo et Charlotte Rampling au casting

Le cinéaste Bertrand Bonello entame à Rome la production...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Date de sortie: 9 septembre 2020 / 1h 46min / Policier, Comédie De Jean-Paul Salomé Avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani Nationalité Français[CRITIQUE] LA DARONNE de Jean-Paul Salomé
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!