[CRITIQUE] LA COMMUNE 1871 de Peter Watkins

Nous sommes en mars 1871, tandis qu’un journaliste de la Télévision Versaillaise diffuse une information lénifiante, tronquée, se crée une Télévision Communale, émanation du peuple de Paris insurgé… Dans un espace théâtralisé, plus de 200 participants (intermittents du spectacle, chômeurs, sans-papiers, provinciaux, montreuillois, simples citoyens, …) interprètent, devant une caméra fluide travaillant en plans séquences, les personnages de la Commune pour nous raconter leurs propres interrogations sur les réformes sociales et politiques.

Auteur inclassable de chefs-d’œuvre absolus, autant à l’aise dans le registre historico-politique (La bombe) que le portrait kaléidoscopique (Edvard Munch), l’immense Peter Watkins a toujours démontré un talent hors norme, une incroyable capacité à tordre le cou aux reconstitutions historiques poussiéreuses pour dénoncer les injustices sociales, les horreurs politiques, les meurtrissures intimes, la manipulation des masses et la circulation des informations. Cela lui a parfois coûté très cher (Punishment Park, interdit pendant trente ans sur le sol américain). Avec La Commune (Paris, 1871), projet babylonien et démesuré, il propose un faux documentaire atypique qui revient de manière interactive sur les journées de mars 1871 où le petit peuple de Paris entreprend – pour la quatrième fois en moins d’un siècle – une révolution sociale. Il fait jouer les événements par des hommes et des femmes d’aujourd’hui pour préfigurer une nouvelle révolution imminente. Preuve qu’entre hier et aujourd’hui, rien n’a changé.

Le procédé, théorique, est habité par des plans-séquences virtuoses. L’œil vif et aiguisé de l’artiste brusque la chronologie. Le style, abrasif et percutant, témoigne un mépris souverain envers les conventions narratives. En emmenant le spectateur dans un espace-temps théâtral où le passé et le présent se cherchent joliment des noises (ceux qui ont aimé la superbe confusion des sens de Edvard Munch seront aux anges), Watkins fait appel à l’intelligence du spectateur-cinéphile en offrant une alternative nécessaire aux divertissements frivoles. Libre à chacun de tenter l’expérience, d’autant que si elle peut donner envie aux profanes de découvrir la filmo du maître, elle devient très salutaire. Inutile de préciser qu’en cette période de calibrage éhonté, La commune (Paris 1871) s’avère une proposition de cinéma ludique, politique et engagé qui tord le cou à l’édification pédagogique et aux us et coutumes audiovisuels. Une obligation au regard ou presque. Peter Watkins n’est pas mort, il continue la lutte. Peut-être l’une des meilleures nouvelles de l’année.

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