« La Chute de la maison Usher » de Mike Flanagan sur Netflix: Edgar Allan Poe dépoussiéré

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Qui dit Halloween, dit Mike Flanagan sur Netflix. Le voilà revenu avec une transposition moderne du classique de Edgar Allan Poe. Un peu mieux que les dernières livraisons.

Laissant les grandes baraques craquantes de côté, Mike Flanagan a continué son ascension netflixienne avec le très discuté Midnight Mass (son Salem’s Lot non officiel et un peu surfait) et Midnight Club, tentative ratée (et sans suite) de vouloir dialoguer avec un public plus jeune. Avant de quitter le grand N, le voilà touchant du pied le cercueil d’un certain Edgar Allan Poe, beaucoup moins enquiquiné ces derniers temps que son successeur H.P Lovecraft (hormis The Lighthouse, qui se souvient de The Pale Blue Eyes sorti lui aussi sur Netflix l’année dernière??). Une idée comme une autre: inscrire la folle histoire de La chute de la maison Usher dans le giron moderne. On s’installe, on sort le pop-corn et on s’allonge pour un show de huit heures et des poussières…

En imposant un format ma foi très cinématographique (wow le 2:35), Flanagan semble bien décidé de marquer le coup une dernière fois: riche magnat d’une entreprise pharmaceutique pas très nette, Roderick Usher raconte ses dernières volontés, et plus exactement la descente aux enfers express et spectaculaire de sa lignée, six enfants turbulents et richissimes ayant tous connu un sort atroce. Chacun symbolisant – et on aime beaucoup ça – une histoire légendaire de Poe: du Chat Noir, en passant par le Scarabée d’or ou le Singe de la Rue Morgue, emmurés ou enterrés vivants, fantômes décharnés du passé, corbacs de malheur: rien ne manque ou presque dans ce best-of remis au goût du jour. On avouera une petite préférence pour la relecture flashy, racoleuse et spectaculaire du Masque de la mort rouge, où Prospero, en bon twink décadent, organise une rave queer se concluant dans un mémorable bain de sang.

Flanagan, cœur tendre sous un masque de loup, se laisse aller à une méchanceté déjà entrevue auparavant, mais qui semble redoubler de plus belle au contact de protagonistes joyeusement haïssables, dont l’inspiration provient sans aucun doute de la véritable famille Sackler, amplement décrite dans le film de Laura Poitras, Toute la beauté et le sang versé. Certains ne s’y sont d’ailleurs pas trompés: cette Casa Usher nouvelle génération ressemble à s’y méprendre à un Succession version grand-guignol, avec ce que cela implique d’échanges autour de grandes tablées, de falsifications de documents, d’engueulades familiales et de magouilles véreuses. De là à dire que tout y est toujours passionnant… non, clairement, non. Les jumpscares obscènes et les longs couloirs de prises de becs ont plus d’une fois raison du spectateur, réveillé en sursaut par quelques moments de grâces flanagesques (une mort argentesque noyée de vert, l’utilisation de Another Brick in the Wall, le monologue m’as-tu-vu mais fort efficace de Roderick sur les mécanismes du capitalisme…) le tout, il est vrai soutenu par un cast sans faille (une véritable «flanagan family» puisque venant tous et toutes de ses précédents films et séries) où s’élève une Carla Gugino impériale et un Bruce Greenwood transfiguré en patriarche (im)pitoyable. Pompeux, mais pas si bête. Indigeste, mais élégant. Comme une boule de flipper, le show se cogne de partout, mais récolte assez de points pour faire honneur à Monsieur du Corbeau. J.M.

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