[CRITIQUE] LA BALLADE DE L’IMPOSSIBLE – NORWEGIAN WOOD de Tran Anh Hung

Alors que son précédent I Come with the rain, avec Josh Harnett, reste inédit en France, Tran Anh Hung témoigne avec cette adaptation d’un best-seller de Haruki Murakami une volonté de chercher des sujets plus profonds. Une bonne idée tant, à chaque fois, les transpositions cinématographiques de ses histoires se sont révélées probantes : Tony Takitani (Jun Ichikawa, 2004) était proche de la description littéraire etAll God’s children can dance (Roger Logevall, 2008) tenait de la recherche picturale. Tran Anh Hung a réfléchi à une nouvelle façon de traduire l’écriture fluide et mélancolique de Murakami et l’a envisagé en déclinant les obsessions de l’écrivain (les amours enfuies, le récit embaumé, le cœur infrangible de l’inconscient, la fascination phallique), avec sa maniaquerie, sa sensibilité et son formalisme déjà à l’épreuve dans Cyclo, L’odeur de la papaye verte et A la verticale de l’été. Avec une grande fidélité, il relate l’idylle impossible entre un post-adolescent et l’ex-petite amie de son meilleur ami, suicidé avant d’avoir 20 ans, et en tire un arrache-cœur, hanté par les ombres tutélaires de Salinger et Fitzgerald, où des personnages évoluent comme des fantômes dans un purgatoire de sens. Le contexte (les révoltes estudiantines à la fin des années 60) ne sert finalement que de toile de fond à un voyage au cœur des désirs et à une peinture des tropismes amoureux. Plus suave que jamais, Tran Anh Hung déroule cette rêverie mélancolique avec la lenteur engourdie d’une marche funèbre en prenant le paysage comme matériau premier, en préférant la sensualité à l’érotisme, en choisissant différentes couleurs pour symboliser des états et refléter des émotions. Ainsi, la dilatation des scènes, la rigueur des cadres (beaux, fixes, massifs), la composition minutieuse des plans témoignent de la complexité des sentiments. Ce style ostensiblement léché peut passer pour une tentative de masquer un apparent manque de substance sur plus de deux heures. Mais l’illusion est brève : les personnages finement observés vivent longtemps après la fin et on peut aussi considérer ce film tendre et percutant comme une succession émouvante de tableaux symbolistes composés avec des natures mortes d’humains.

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