La Abuela de Paco Plaza joue sur l’une des angoisses les plus répandues, la peur de vieillir, à travers l’histoire d’une jeune mannequin espagnole, Susana (Almudena Amor), qui doit rentrer d’urgence à Madrid pour s’occuper de sa grand-mère malade (l’ex-mannequin et actrice brésilienne Vera Valdez).
Après un détour par le thriller (Oeil pour œil), Paco Plaza revient au fantastique avec La abuela, qui traite un sujet très classique (l’angoisse du temps qui passe) avec une sensibilité très contemporaine. L’histoire commence à Paris avec Susana, mannequin de 25 ans, qui accepte un maximum de commandes pour profiter d’une jeunesse qu’elle sait limitée en durée. D’autant que dans son milieu, toujours en quête de visages et de corps de plus en plus «neufs», la concurrence est forte, un photographe allant même jusqu’à lui signifier qu’à son âge, elle est déjà «vieille». Le jour où elle reçoit un appel lui demandant de rentrer d’urgence à Madrid pour s’occuper de Pilar, sa grand-mère, Susana annule ses rendez-vous et part s’occuper de son aïeule, le temps de trouver une solution qui convienne, entre soins à domicile ou Ehpad. Mais ce qui devait ne prendre que quelques jours s’éternise: les imprévus s’accumulent et des choses bizarres commencent à arriver.
Avec l’aide du scénariste Carlos Vermut (Quien te Cantara), Paco Plaza prend son temps pour exploiter toutes les ressources d’un sujet vieux comme le monde, et que Corneille a résumé dans son poème A la marquise: «On m’a vu ce que vous êtes; vous serez ce que je suis». A l’heure d’Instagram, l’obsession de l’apparence est compensée chez Susana par une forme de culpabilité, pas seulement comme une résurgence de la tradition latine qui exige le respect des anciens, mais aussi parce qu’elle a une dette envers sa grand-mère qui s’est occupée d’elle enfant. On peut dire aussi sans spoiler que l’intrigue développe une variation intéressante sur le thème de la comtesse Bathory.
Plaza se sert beaucoup d’effets de miroir sous différentes formes pour renvoyer face à face deux générations séparées seulement par le temps. Susana est fréquemment face à sa propre image dûment glamourisée sur les affiches publicitaires placardées dans toute la ville. Elle se reconnaît aussi dans un tableau représentant Pilar jeune. Sans compter les choses étranges qu’elle croit apercevoir dans les miroirs de l’appartement où elle a grandi. Le thème est également reflété dans le choix des comédiennes: Susana est jouée par Almudena Almor qui a été mannequin avant d’être comédienne, tandis que la grand-mère Pilar est interprétée par Vera Valdez (85 ans), célèbre en son temps pour avoir été mannequin chez Chanel. Le film se déroule à un rythme «délibéré», mais cette lenteur se justifie par la richesse symbolique dont Plaza a rempli ses plans, chaque détail ayant une signification plus ou moins évidente et cachée que le spectateur sera récompensé d’avoir su trouver. Quant à l’appartement, il est filmé (en pellicule) comme un reflet psychique de la personne qui l’occupe: un espace mental potentiellement menaçant, un piège ensorcelé qui ne demande qu’à se renfermer. G.D.
6 avril 2022 en salle / 1h 40min / Epouvante-horreurDe Paco Plaza Par Carlos Vermut Avec Almudena Amor, Vera Valdez, Karina Kolokolchykova Titre original La abuela |

6 avril 2022 en salle / 1h 40min / Epouvante-horreur