Imparfait amour. Anne, avocate renommée, vit en harmonie avec son mari Pierre et leurs filles de 6 et 7 ans. Un jour, Théo, 17 ans, fils de Pierre d’un précédent mariage, emménage chez eux. Peu de temps après, il annonce à son père qu’il a une liaison avec Anne. Elle nie.
Cathy blues. Cinéaste du scandale, du désir et du plaisir féminin, Catherine Breillat fait enfin son retour à la réalisation après 10 ans d’absence en raison d’une santé fragile. Un retour aussi attendu que redouté, tant en une décennie, le monde, pas seulement le cinéma, a changé. Dans la foulée de #MeToo, les langues se sont déliées et la représentation du sexe et des violences sexuelles au cinéma ont été profondément questionnées, ont évolué. Loin de la crudité d’Une vraie jeune fille et de Romance X, L’Été dernier va chercher la perversité ailleurs, dans la frontalité de champs-contre champs filmés en gros plans. C’est sur ce même dispositif de mise en scène que s’ouvre le film, entre d’une part Anne, avocate spécialisée dans la défense des mineurs, victimes d’abus, et une des adolescentes qu’elle s’apprête à défendre. La scène est tendue, Anne fait preuve d’une froide autorité, au mépris même de la fêlure de sa cliente. Bien sûr, Anne est bien intentionnée, elle fait ça pour préserver au mieux les intérêts de la jeune fille, mais Breillat nous présente déjà le monstre qui sommeille en Anne.
L’intelligence de L’Été dernier est de nous faire aimer dans un premier temps Anne. Certes bourgeoise vivant dans une grande demeure de province à l’abri du monde, l’avocate est également une mère et une épouse attentionnée, qui accueille en son foyer le fils turbulent de son mari Pierre, issu d’un premier mariage et qu’elle n’a jamais rencontré. La greffe est difficile, Théo est un adolescent rebelle qui nourrit une haine vivace envers son père qui l’a abandonné à l’âge de trois ans. Diabolique, le film est comme son personnage. Les premiers gestes de tendresse d’Anne envers Théo, d’une mère à un fils, deviennent subtilement interdits et déplacés. Lasse de son rythme de vie bourgeois et des caresses d’un mari absent, Anne répond aux sollicitations du jeune homme en manque d’amour, sans fixer de barrière. C’est la porte ouverte à l’inceste.
Placé en plein cœur du film, le premier baiser entre Anne et Théo est insoutenable. Filmé en très gros plan, on voit les deux amants s’engloutir dans la bouche de l’autre. Un plan fou, qui fait penser au Saturne dévorant un de ses fils de Goya. Plus frontal encore que le coït qui suivra, filmé en contrechamp sur le visage de Théo, à la fois jouisseur et victime du désir monstrueux d’Anne. Terriblement économe, la mise en scène est incroyablement incisive. Tranchante, mais jamais complaisante, elle fixe le malaise sans forcer sur ses effets, ni faire le choix de la crudité. Tout se joue dans le regard des acteurs, exceptionnels. Léa Drucker, Olivier Rabourdin, Clotilde Courau et le débutant Samuel Kircher forment un quartet dévoyé, où le plus jeune est la proie d’une ogresse, soutenue bon gré mal gré par sa sœur et son mari. C’est en tout cas sur ce douloureux statu quo que se clôt L’Été dernier, le plus important étant de sauver les apparences et de préserver le confort bourgeois, au détriment de la santé physique et mentale du vilain petit canard de la famille. Le plan final, un des plus audacieux vus cette année, reste longtemps en tête. M.B.
| 13 septembre 2023 en salle / 1h 44min / Thriller, Drame De Catherine Breillat Scn Catherine Breillat Avec Léa Drucker, Samuel Kircher, Olivier Rabourdin |
