Depuis ses passages à Toronto en 2023 et Rotterdam en 2024, le buzz n’a cessé d’enfler autour de Kill, présenté comme le film d’action le plus renversant depuis The raid. Et lorsque l’occasion s’est enfin présentée de découvrir la bête, on y est allé avec un mélange d’impatience et de circonspection. Première constatation: le film est à la hauteur de sa réputation, même s’il demande un peu de patience, mais les similitudes avec The raid (auquel il n’a rien à envier) sont très superficielles. Le scénariste et réalisateur Nikhil Nagesh Bhat prend son temps pour exposer le contexte d’une attaque de train comme il en arrive en Inde. Il en fait une affaire personnelle puisqu’il a lui-même été témoin direct d’une telle attaque. Tout commence avec Amrit et Viresh, deux officiers des forces spéciales qui s’apprêtent à partir en permission après un stage commando. Amrit a l’intention de rejoindre son amoureuse Tulika sur le train de nuit qui doit emmener celle-ci à la cérémonie de fiançailles que son père, un magnat des chemins de fer, a arrangé avec une autre famille aisée. Mais Amrit et Tulika ont bien l’intention de passer outre. Sur le même train, une bande de détrousseurs prend place pour voler les passagers pendant la durée du trajet. Les deux militaires interviennent, déclenchant une série d’affrontements à l’arme blanche qui s’étend de wagon en wagon.
Jusque-là, le film avance au rythme régulier d’un scénario qui expose la dynamique des multiples personnages appelés à intervenir. Côté hors-la-loi, la bande est une affaire de famille, avec une hiérarchie très stricte, mais faillible: Fani, le fils d’un dirigeant, se révélera particulièrement ambitieux et dangereux. Côté passagers, la famille de Sulika se serre les coudes lorsqu’il devient clair que les bandits décident de kidnapper le père pour obtenir une rançon. Les militaires, enfin, rappellent les héros de John Woo, avec la fraternité qui les lie et leur code d’honneur qui les incite à protéger les passagers. La mise en scène utilise judicieusement l’espace limité du train, et donne lieu à des affrontements raisonnablement spectaculaires, étant donné que les soldats retiennent leurs coups et évitent de faire couler le sang. Jusque-là, leur intervention est héroïque, mais réaliste, leur infériorité numérique jouant nécessairement contre eux. Épuisés, blessés, ils sont sur le point d’être submergés, lorsque l’horrible Fani commet un acte qui fait basculer l’action dans une dimension différente. D’un coup, la rage qui submerge Amrit s’accompagne d’une poussée massive d’adrénaline qui décuple ses forces et supprime toute inhibition morale. On est à 45 minutes après le début du film, et le titre apparaît soudain: KILL!
De là, plus question de neutraliser, le devoir fait place à la vengeance, et le personnage va éliminer ses adversaires en utilisant tout ce qui lui tombe sous la main avec une brutalité indescriptible. Pour donner une idée de l’intensité, pensez à l’extincteur dans Irréversible, et multipliez par plusieurs dizaines. Pour plus de précision, un bandit terrifié fait les comptes à un moment, et se plaint qu’ils n’ont tué que 4 voyageurs alors que le militaire a liquidé quarante d’entre eux! On l’aura compris, le film est une variation de l’heroic bloodshed popularisé par John Woo, mais quasiment sans armes à feu. Ça se regarde avec un mélange de stupéfaction, d’incrédulité, et de plaisir coupable. L’action elle-même est agencée par des spécialistes aguerris, composée du spécialiste indien Parvez Shaik et d’une équipe coréenne, comprenant le chorégraphe Se Yeong-Oh, dont l’expérience des trains sur Snowpiercer de Bong Joon Ho a dû être appréciée. Chad Stahelski (John Wick) a déjà acheté les droits de Kill pour le faire refaire à Hollywood par Nikhil Nagesh Bhat lui-même. Autant voir l’original.
4.0 out of 5.0 stars11 septembre 2024 en salle | 1h 45min | Action De Nikhil Nagesh Bhat | Par Nikhil Nagesh Bhat, Ayesha Syed Avec Laksh Lalwani, Raghav Juyal, Tanya Maniktala |
