New York. Une fillette de six ans disparaît. Six mois plus tard, l’enfant n’a toujours pas été retrouvée. Son père, William Keane, tente d’accepter sa disparition. Keane se lie d’amitié avec une mère célibataire et sa petite fille. Leur cachant sa propre histoire, il tente de prendre un nouveau départ auprès d’elles.
Keane, de Lodge H. Kerrigan, remarqué pour ses géniaux Clean, shaven et Claire Dolan, dresse le portrait d’un individu en panne de lui-même, flingué par la vie et ses vicissitudes, à la recherche d’un amour disparu : sa fillette, kidnappée dans des conditions mystérieuses. On retrouve la même trame que dans son premier Clean, shaven mais le parcours est autre. Avec un registre formel glacial (caméra à l’épaule, mise en scène dépouillée, absence de musique), le cinéaste vide ses situations de tout pathos et récuse les explications superfétatoires. Alors que dans d’autres mains le film aurait certainement été un concentré poids lourd de chantage à l’émotion avec tirage ostentatoire sur la corde sensible et figures imposées tannantes, Kerrigan, plus subtil et exigeant, capte les regards fuyants, les silences expressifs et les gestes maladroits qui trahissent le manque affectif. Et évite de fait, grâce à la conviction de ses interprètes, tous les pièges qui pendaient au bout de sa caméra.
Ce qui est bouleversant dans Keane, c’est la simple empathie avec laquelle le réalisateur filme son personnage au physique suffisamment passe-partout pour créer l’identification. Ce qui est fort, c’est qu’il fait naître l’espoir, sans rebondissements tarabiscotés, ni résolutions faciles. En incrustant dans le récit deux personnages féminins (une femme et sa fille abandonnées par un mari-papa absent), Kerrigan capte les errements de trois âmes paumées taraudées par les mêmes angoisses, la peur d’abandonner et d’être abandonnés. Les liens qu’ils tissent entre eux sont si fragiles qu’un rien peut les briser. Ce cinéma délicat mais assuré est affaire de petites touches discrètes et de détails accumulés. Ce n’est pas un conte de fées, ni un précipité larmoyant et niais pour faire pleurer dans les chaumières ; juste la réconciliation d’un homme avec lui-même et un grand petit film d’une tristesse inconsolable.

