Remis sur pied par Malavida et Gaumont, un film éclatant et unique en son genre sur la Der des Ders…
Joe Bonham est un jeune Américain plein d’enthousiasme. Il décide de s’engager pour aller combattre sur le front pendant la Première Guerre mondiale. Lors d’une dangereuse mission, il est très gravement blessé par un obus. Le personnel médical, croyant qu’il n’est plus conscient, décide pour le sauver de l’amputer de ses bras et de ses jambes. Il perd également une partie de son visage, ne pouvant plus ni parler, ni entendre, ni sentir. Mais il est conscient. Dans la chambre d’un hôpital, il tente de communiquer et se souvient de son histoire.
Pour les nostalgiques des paralympiques, un film brutal et absolument unique sur les conséquences de la guerre, seule réalisation d’un scénariste de légende étroitement associé à la fameuse liste noire de 1947 dressée par la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants (un nom savant pour désigner à la vindicte populaire des gens avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture Éclair). Tiré d’un roman de 1938 écrit par Trumbo lui-même, d’abord promis à son ami Luis Buñuel qui a un temps été annoncé à la réalisation. Voilà que cette dernière échoue, faute de mieux, au vieux Dalton en 1971, à 65 ans bien tassés. Le propos sur la Première Guerre mondiale n’a rien d’anachronique pour autant: quelques jours après un monstrueux sit-in de Washington pour dénoncer les horreurs vietnamiennes, le film décroche le Grand Prix Spécial du Jury à Cannes où il est reçu triomphalement. L’enthousiasme de Jean Renoir, Francesco Rosi, Samuel Fuller et Luis Buñuel a permis au film de concourir en officielle plutôt qu’à la Semaine de la Critique…
«J’ai vu tellement de films contre la guerre ne provoquant qu’une répulsion physique que je voulais atteindre, moi, la répulsion du cœur et de l’esprit». On pourrait presque dire qu’avec Johnny, l’horreur de la guerre n’est pas tant le cauchemar du front que tout ce qui vient ensuite si on a le malheur d’y survivre: trauma par définition difficile à nettoyer, reductio ad legutum qui prive de liberté de mouvement, lien à jamais rompu avec ce qu’on appelle par commodité langagière l’espèce humaine. L’horreur est encore plus diffuse si une touche d’absurde vient se glisser dans l’équation et que personne ne comprend vraiment pourquoi on daigne vous maintenir en vie… Bizarroïde film coup de poing où la violence passe toujours par d’anti-coups d’éclat, horror movie frankenheimerien ne comportant aucune scène d’effroi, magma visuel yankee fortement imprégné par une esthétique à l’européenne (mais tout n’est-il pas, après tout, parti de l’obscur assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie quelque part dans les Balkans?)… Johnny got his gun déploie un cauchemar à ciel ouvert qui oscille sans cesse entre le réquisitoire bourrin et le pamphlet sophistiqué. Telle une péloche elle-même heurtée par un obus… À découvrir cette semaine au Champo.
1 mars 1972 en salle | 1h 52min | Drame, GuerreDate de reprise 11 septembre 2024 De Dalton Trumbo | Par Dalton Trumbo Avec Timothy Bottoms, Don ‘Red’ Barry, Kathy Fields Titre original Johnny Got His Gun |
1 mars 1972 en salle | 1h 52min | Drame, Guerre


