« John Wick 4 » avec Keanu Reeves: une série d’affrontements très nombreux, très stylisés et très étendus

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John Wick 4 vient rappeler à quel point le succès a éloigné ce dernier épisode (en date) du premier. Lequel a pris le monde par surprise lorsqu’il a débarqué en 2014 avec son histoire ultra-simple (ils ont tué son chien, il se venge et déclenche un enchaînement de violence). La nouveauté, la densité et l’efficacité du film ont séduit en même temps qu’un univers qui opérait une synthèse de John Woo, Clint Eastwood, et Michael Mann en version série B. Le studio a senti que le public était chaud, et le personnage est devenu une franchise, calquée sur le modèle de Bond et de ses déclinaisons (Mission impossible, Fast and furious, etc.). Au cours des deux épisodes suivants, les créateurs ont développé la mythologie de la Haute table, la société secrète de tueurs à gage avec ses codes et ses règlements. Jusqu’au quatrième épisode qui dure une heure de plus que le premier.

À moins d’être un addict en attente de sa dose (toujours plus chargée), on peut se demander ce qui justifie une telle inflation, parce qu’il ne fait que répéter les mêmes choses. Le scénario n’est pas tellement compliqué: la Table a nommé à sa tête un nouveau patron, le marquis de Gramont (Bill Skarsgard, très réussi, odieux immédiatement). Il décide de liquider Wick, et pour l’obliger à réagir, il détruit l’immeuble de New York. C’est le début d’une série d’affrontements très nombreux (une bonne douzaine au moins), très stylisés et très étendus. En l’absence d’action, les personnages échangent sur leur condition, la loyauté, la trahison, et certaines règles qu’on découvre au fur et à mesure: comment réintégrer la confrérie après avoir été banni, comment désobéir aux ordres sans trahir ses serments, etc. Wick affronte un ancien ami à Osaka (Donnie Yen), un nouvel ennemi à Berlin (Scott Adkins), et le pire de tous à Paris (Skarsgard), tandis qu’un chasseur de primes accompagné d’un chien le traque pour faire monter la prime. C’est l’occasion de visiter une quantité de décors très élaborés et joliment filmés par Dan Laustsen.

Le réalisateur en donne au public pour son argent, à savoir toujours plus de la même chose, et c’est un peu le problème, dans la mesure où le mieux est l’ennemi du bien. Les séquences d’action incluent gunfights, kung-fu, cascades variées et poursuites motorisées ou non. Elles sont spectaculaires, mais tellement étirées qu’on ne retient plus rien. Les bonnes idées ne manquent pas, mais elles sont diluées par leur répétition. Lors d’un affrontement dantesque sur la place de l’Étoile, les chorégraphes et infographistes ont trouvé une façon pittoresque de représenter des piétons percutés par des voitures. La première fois, on est épaté, mais au bout d’une vingtaine, on ne les voit même plus. Pareil avec les balles explosives utilisées dans une séquence pourtant impressionnante, filmée par drone dans un immeuble proche du Sacré-Cœur. On retient quand même l’assaut de la butte Montmartre par l’escalier, mais à force de surenchère, le spectateur risque en permanence l’anesthésie. Par contraste, une des images les plus mémorables est aussi une des plus simples: un plan serré sur les lèvres d’une animatrice radio qui annonce sur la fréquence des tueurs le montant de la prime pour la mort de John Wick, ainsi que l’endroit où il se trouve. La sobriété de cette séquence rappelle les origines d’une franchise qui s’est amplifiée au-delà du raisonnable, au risque de perdre tout son charme. G.D.

22 mars 2023 en salle / 2h 50min / Action
De Chad Stahelski
Par Michael Finch, Shay Hatten
Avec Keanu Reeves, Donnie Yen, Bill Skarsgård
Titre original John Wick: Chapter 4

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