Conçu comme une captation de sa pièce conçue en 2008 avec l’écrivain queercore Dennis Cooper, Jerk de Gisèle Vienne se révèle un film d’horreur troublant, sur une pièce de théâtre et un acteur possédés et hantés par les personnages qu’ils mettent en scène, en poussant notamment la captation jusque dans les coulisses.
Texas, années 70. Le serial-killer Dean Corll tue une vingtaine de garçons et réalise à partir de ces meurtres des snuff movies ultraviolents avec l’aide de deux adolescents, David Brooks et Wayne Henley. Désormais condamné à perpétuité, David Brooks, devenu ventriloque et marionnettiste, nous raconte son histoire depuis sa prison où il a imaginé un spectacle. Le comédien Jonathan Capdevielle, collaborateur de longue date de Gisèle Vienne, est seul assis sur scène. Il l’incarne et ses complices sont interprétés par des marionnettes de panda et de chiens ensanglantés. Il use également d’une voix fantomatique et de marionnettes d’ados pour donner corps aux victimes du trio.
La caméra de Gisèle Vienne capte par l’intermédiaire d’un plan-séquence d’une heure, un spectacle cauchemardesque dans lequel David raconte et rejoue les meurtres. La réalisatrice joue avec le cadre, par des mouvements de zoom et dézoom, pour s’arrêter ici sur le visage apeuré du comédien, là sur un cri qu’il échappe, ou encore pour nous dérober les actes de violence et de nécrophilie qui ont lieu hors champ. Le corps de l’acteur est comme découpé, à l’image des victimes, et le film donne à voir les métamorphoses de Capdevielle lorsqu’il passe d’un personnage à un autre. Plus que du théâtre filmé, il s’agit bien de cinéma, autant que d’une séance d’exorcisme ou de ouija.
Derrière les histoires sordides, se cache une réflexion sur la représentation, où le comédien est à la fois marionnettiste et marionnette. À mesure que la pièce se déroule, le corps de Capdevielle s’immobilise, devient inerte tel un cadavre, les paroles ne s’échappant plus que par ses talents de ventriloque, sans mouvements des lèvres, quand elles ne sont pas parasitées par des borborygmes ou des sécrétions baveuses. Par son dispositif, Jerk interroge l’art représentatif, et fait ressortir les démons à l’œuvre dans les créations qui regardent le mal en face des yeux, à l’image de celles de Gisèle Vienne et Dennis Cooper. Comme si elles étaient le fruit d’un pacte avec le diable, ne cessant jamais de hanter ces avatars modernes de Faust. M.B.
Projection de Jerk au Cinéma Saint-André-des-Arts vendredi 8 avril en présence de Gisèle Vienne, Jonathan Capdevielle et Dennis Cooper.
6 avril 2022 au ciné/en VOD/en DVD / 1h 00min / Epouvante-horreur, BiopicDe Gisèle Vienne Par Dennis Cooper Avec Jonathan Capdevielle |

6 avril 2022 au ciné/en VOD/en DVD / 1h 00min / Epouvante-horreur, Biopic