[CRITIQUE] IT COMES AT NIGHT de Trey Edward Shults

Attention derrière toi. Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

Une douche froide pour ceux qui avaient aimé Krisha. Ce que le cinéma de genre récent nous a appris, c’est que certains grands thèmes ne devraient même plus avoir de passe-droit sur les écrans, tellement on les a vu concassés, découpés en tranches, retournés comme des crêpes et assaisonnés à toutes les sauces (ça y est, vous avez faim). Prenons au hasard, le thème du virus, ici délesté de l’habituel zombie. Avec ses affiches très simples et très efficaces hantées par le principe du «ce qui fait peur est ce que vous ne voyez pas» et les antécédents de son réalisateur (le malaisant Krisha, très aimé dans la rédaction mais toujours inédit chez nous), It Comes at night avait l’air du candidat idéal pour le beau film d’horreur chaos de ce mois de Juin: remember The Witch l’année dernière, qui continue de flotter dans nos petites têtes, et dont l’atmosphère de ce It Comes At Night est délicieusement proche, avec ces grandes forêts dont on ne voit pas le bout, où l’horreur indicible semble prête à vous sauter à la gorge lorsqu’il commence à faire trop noir. Bref, It comes the chaos? Non, du tout.
Dès les premières minutes, on est autant flatté par la belle image que le sérieux papal de l’entreprise, mais un détail coince: oui il s’agira d’une histoire de «mal» mystérieux qui pourrait être une peste noire new generation. Pas de fantaisie à la Cronenberg, pas de mutations chelous, pas de contaminés énervés: juste la mort, la souffrance, mais tout est traité par-dessus la jambe. On ne saura pas réellement «l’avant et l’après» de ce mal, terreur silencieuse ayant obligé une famille à se terrer dans une baraque au fond des bois. Un décor principal aux saveurs «shiningesque», cabanon noir de jais dont toutes les fenêtres sont scellées. Car il faut avoir peur. De quoi? On ne sait pas trop. La technique de Trey Edward Shults pour foutre la pression, c’est d’induire (mal) l’idée qu’il se passe des choses atroces ailleurs, que la nuit est synonyme de fardeau, que les rêves n’existent plus, que la peur a bouffé tout espoir. On aime, bien sûr, l’idée de travailler la force d’évocation et l’atmosphère, comme durant l’âge d’or du cinéma fantastique australien, mais autant le dire: ici, on s’en fout. Tout simplement parce que Shults a recours à une technique dépassée, entre jumpscare hyper agressifs (et très gratuits) et motifs lynchien (ouuuuuuuh, la porte rouge au fond du couloir). Et quand il se passe des choses, on l’a déjà vu en mieux ailleurs: et le film de se terminer hélas quand ça se bouscule un peu. La finalité? Messieurs, dames, l’homme c’est quand même un bâtard de loup pour l’homme, même en pleine épidémie mortelle. D’aucuns y décrypteront le versant politique de l’Amérique auto-destructrice post 11/09. Merci merci, c’est pas comme si on n’était pas au courant depuis 1500 films (et séries) sur le sujet…

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Date de sortie 21 juin 2017 (1h 37min) De Trey Edward Shults / Avec Joel Edgerton, Riley Keough, Christopher Abbott / Genres Epouvante-horreur, Thriller / Nationalité américain[CRITIQUE] IT COMES AT NIGHT de Trey Edward Shults
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