Out of order. Sans emploi depuis un an, Constance revient dans sa ville natale quand elle apprend qu’un poste se libère dans l’agence immobilière où elle a démarré sa carrière, mais son ancien patron lui préfère une autre candidate plus jeune. Constance est alors prête à tout pour récupérer la place qu’elle estime être la sienne.
Obsolescence programmée. Il faut se féliciter lorsque le cinéma français ose proposer autre chose qu’une sinistre comédie populiste pour édentés (Camping 3) ou bourgeoise (la filmo pas du tout chaos de Daniele Thompson). Voilà au moins un film ayant le mérite de revenir à un cinéma français comme on en faisait dans les années 80, passant sur les grandes chaines à 20h50 parfois même accompagné d’un carré blanc et qui, outre cette qualité old school, possède l’originalité de s’attacher à un personnage assez complexe, à la fois horrifiant et fascinant dans son comportement. Un personnage qui pourrait ressembler à vous et moi.
Partant d’un argument fort (une quadragénaire à qui tout réussissait naguère est soudain frappée par la crise), le réalisateur Sébastien Marnier concentre son propos sur la progression dramatique et cherche pendant longtemps son ton quelque part entre comédie acide et thriller Hitchcockien. La clé de sa réussite, c’est Constance, un personnage de femme solide qui, entre vérités cruelles et mensonges qui le sont autant, survit comme il peut dans un monde qui soudain le rejette. Ce personnage en panne qui a tant donné à son travail, qui espère renouer avec le monde actif. Certains « trucs » de scénariste, comme la volonté de mettre en opposition le corps maladivement sculpté de Constance d’un côté et son esprit embrumé de l’autre afin de souligner une schizophrénie secrète galopante, se voient un peu trop. En revanche, ces béquilles ont le mérite de questionner directement le spectateur face aux névroses d’un personnage ancré dans son époque, contemporain, prête à sombrer dans l’immoral pour s’imposer. Et le regard de Marnier est celui de la compassion. On parle partout en ce moment de la génération boomerang. Involontairement ou non, Constance en fait partie. Tout ce qu’elle a construit ailleurs s’étant démoli, elle est obligée de revenir de là où elle était partie et on jubile assez de la façon dont sa présence se révèle embarrassante pour ceux qu’elle recroise. Très écrit, maladroit parfois, ce film est certes loin d’être irréprochable. Mais Marina Fois, elle, l’est. Assurément. Imprévisible et incontrôlée. Ne rougissant pas devant des scènes crues. Ne jugeant pas son personnage. Sans filet de sécurité. Avançant jusqu’au bout. Jusqu’au bout…


![[CRITIQUE] MALGRÉ LA NUIT de Philippe Grandrieux](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2016/07/Malgre-nuit-Grandrieux_0-1068x576.jpg)