On peut regretter que Infectés, également connu sous le titre Carriers, ne soit pas sorti quelques mois plus tôt parce qu’il aurait parfaitement collé à l’actualité (la pandémie de grippe A qui a frappé le monde entier) et servi de complément à La route, de John Hillcoat dont le sujet se révèle finalement proche (l’errance d’une poignée de survivants liés par le sang et l’amour dans un univers post-apocalyptique) – les résonances psychologiques n’étant par ailleurs pas si éloignées. En surface, les frères Pastor reprennent une intrigue et un contexte remis au goût du jour avec 28 jours plus tard (Danny Boyle, 2002). Mais ce n’est pas de l’opportunisme : l’illusion est d’autant plus brève qu’après avoir posé les bases et les références, en laissant penser qu’il s’agit d’un énième film de zombies à la mode, le récit évolue de manière réaliste. Pendant toute la première partie, l’intérêt repose sur la capacité du spectateur à s’imaginer le pire et à trouver, en même temps que les protagonistes, une alternative pour échapper à une contamination irréversible (chaque personne contaminée meurt automatiquement sans que l’on en sache plus sur la nature du virus – un mal invisible). A condition d’entrer dans le jeu, c’est un bon exercice paranoïaque qui met les nerfs à vif, même si on connaît le jeu du décompte (qui mourra le premier?). Petit à petit, la menace s’aplanit dans un environnement presque rassurant et le rythme volontairement lent confirme qu’il ne faut pas se fier aux apparences.
Les enjeux ne sont plus spectaculaires mais humains. Le revers de la médaille, c’est qu’à force de laisser durer le suspense et la tension, l’éclat du non-événement peut dérouter. C’est pour ça que Infectés a connu un échec commercial dans tous les pays où il est sorti. Les frères Pastor sont moins intéressés par le gore que par la dimension cruelle et mélodramatique de cette agonie collective où la froideur machiavélique de l’esprit se révèle plus utile que la compassion ou l’entraide. Ils prennent littéralement le contre-pied du cinéma fantastique actuel en rompant avec la dictature de l’horreur explicite (Saw). Ce qui hisse Infectés au-dessus de la moyenne, c’est le degré de conviction qui a été mis dans sa fabrication. La photo assurée par Benoît Debie (Enter The Void) donne un relief post-apocalyptique inattendu en sublimant les paysages, en insistant sur la destruction morale et physique des personnages. Au fond, ce qui commençait comme un film d’ados cools traduit l’érosion des sentiments. Ce n’est pas un hasard si l’intrigue se resserre sur les rapports tendus entre les deux frères, incarnés par Chris Pine, vu en Kirk dans le dernier Star Trek, et Lou Taylor Pucci, dans Southland Tales. Ils ne se ressemblent pas et, à aucun moment, n’arrivent à créer une quelconque alchimie. Sans doute parce qu’ils ne se connaissent plus et que l’épreuve du temps, vrai tueur en série du film, a fini par les séparer.


