Voilà presque deux ans que Ils reviennent… (aka Vuelven et aka2 Tigers are not afraid), reste keblo dans les tiroirs, malgré une ballade glorieuse dans les festivals de tous poils (PIFFF, Austin, Screamfest, Bruxelles…). Pourquoi un tel retard? On se dit qu’il y a un malentendu, que quelque chose cloche… D’autant qu’en apparence, ce film a tous les atours du projet sympathique: sa réalisatrice Issa Lopez y décrit un Mexique en déconfiture, reflet de celui lointain, et pourtant si proche, du Los Olvidados de Don Luis. La très jeune héroïne perd sa mère (et on ne saura jamais vraiment pourquoi) et rejoint un clan de garçons des rues pour survivre à la jungle urbaine. Mêlés à une sombre histoire, les gosses sont alors coursés par les malfrats les plus sanguinaires du coin. À la fuite en avant n’esquivant jamais une réalité frontale, s’ajoutent d’étranges présences surnaturelles rôdant autour de la jeune héroine, ainsi qu’un vocabulaire de conte qui se fraye un chemin au milieu des ruines. On comprend très (et trop) vite qu’Issa Lopez use d’un langage cinématographique emprunté à son voisin Guillermo Del Toro, où le féerique gambade main dans la main avec un retour à la réalité sordide. On y voit pas d’inconvénient en soi, sauf que Vuelven croule sous les facilités et les maladresses de débutant: des personnages caractérisés à l’emporte-pièce (donc pas vraiment attachants), une mise en scène pénible (caméra portée façon documentaire, notes de piano arrache-larmes, photo très plate), du pathos et du symbolisme balourd à la louche… le pire étant les saillies horrifiques, qui compilent tout l’attirail repoussoir so 2010’s avec des jump-scares et des apparitions grossières offrant peu d’homogénéité avec le reste du récit. La rasade de récompenses, assez inexplicable malgré un très beau plan final (on veut bien lui accorder ça), rappelle la même destinée que Under the Shadow, autre film fantastique très moyen qui dissimulait son argument fantastique galvaudé par un contexte social très fort. L’arbre qui cache la forêt en somme. Non merci. J.M.