[CRITIQUE] I FEEL GOOD de Gustave Kervern et Benoît Delepine

Petite forme. Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.

«C’est pas Karl Marx qui va t’aider à avoir un jacuzzi ou une pergola Yolande Moreau (généreuse et altruiste) et Jean Dujardin (avide et désaxé) sont frère et sœur et ne se ressemblent pas: elle est directrice d’un village Emmaüs et lui, quadra ambitieux exploitant le filon de la chirurgie esthétique low-cost jusqu’en Roumanie. Entre l’oie blanche et la tête de con, est-ce qu’une entente est possible? Mais oui, ma bonne dame, nous sommes peu de choses et nous réalisons soudain la vulnérabilité du lien qui nous unit au monde. Tout le déroulé du film obéit donc au principe du duo mal assorti et pose en filigrane une question sociale comme Kervern et Delepine les adorent: comment évoluer aujourd’hui en marge du système libéral en marche?
Tourné dans une vraie communauté Emmaüs avec son décorum sinistré-bricolé de cabanes abandonnées, de mobiles-homes, de wagons aménagés, le film se veut un hommage assumé à la génération fondation. C’est exactement, précisément sa limite, prisonnier de ses bonnes intentions, comme si Delepine et Kervern, pris par l’émotion, n’avaient pas voulu regarder les abîmes que leur scénario ouvrait. On leur reprochera finalement de ne pas se risquer à l’âpreté et le vent de folie qui secoue le film de se réduire paradoxalement à de la sensiblerie. Sans compter les passages à vide, les saillies démago anti-Macron et une tendresse appuyée très feel-good movie (jusque dans le titre!), déjà à l’épreuve dans Saint Amour, road-movie viticole tragi-comique qu’ils n’arrivaient pas à finir et qui terminait en eau de boudin. Ce serait inconséquent si le duo Dujardin-Moreau faisait des étincelles et maintenaient le récit à flot. Or, là aussi, ça pèche: les deux acteurs que tout oppose foncièrement restent aussi désaccordés que leurs personnages, constamment sur le même ton, dans leur registre habituel. Certes, on veut bien que Kervern et Delepine soient pris dans l’urgence d’une société qui crève la dalle et la gueule ouverte mais on ne les trouvera que trop tièdes dans leur charge, dans leurs aspirations, dans leurs revendications. Sur le même mélange drôle-malaise-satire-social, leurs précédents faits d’arme (Louise Michel, Mammuth et Le Grand Soir) étaient plus percutants que ce huitième film assez mou.

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Date de sortie 26 septembre 2018 (1h 43min) / De Benoît Delépine, Gustave Kervern / Avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Joseph Dahan / Genre Comédie / Nationalité français [CRITIQUE] I FEEL GOOD de Gustave Kervern et Benoît Delepine
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