Événement chaos de l’été: « House » (« Hausu ») de Nobuhiko Ôbayashi sort en salles

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Une lycéenne rend visite à sa tante malade en compagnie de six amies. Isolées dans une grande demeure perdue au milieu de nulle part, les jeunes filles assistent à d’inquiétants événements surnaturels une fois la nuit tombée. C’est l’histoire de House (Hausu), un long métrage totalement unique en son genre réalisé par Nobuhiko Ôbayashi qui sort pour la première fois dans nos salles de cinéma, 46 ans après sa sortie au Japon.

La première confrontation mystère avec House (Hausu) a eu lieu entre les pages d’un vieux numéro de L’écran Fantastique. Car OUI, c’est manifestement dans un silence révoltant que ce film japonais avait été diffusé en 1978 au Festival international du film fantastique de Paris, laissant derrière lui quelques mots décryptant les soubassements psychanalytiques de l’œuvre (pourquoi pas hein)… mais en oubliant de mettre le doigt sur l’orgie psychédélique qu’il représentait. Dans un cinéma d’horreur nippon à l’époque bien maigre (la mode des kwaidan de studio était passée), le film, prévu à l’origine comme une réponse aux Dents de la mer (!!) détonnait dans le paysage, cartonnant sans traverser hélas les frontières.

Ce ne sera finalement qu’à la fin des années 2000, au détour d’une errance sur des forums cinéphiles, que House (Hausu) a été exhumé. Avant, aucun signal. Et même sur un disque (pirate?) allemand chipé sur Ebay, fonctionnant une fois sur deux et coiffé d’une sérigraphie douteuse, le visionnage s’apparentait à un séisme. Ce long métrage était soudainement le témoin d’un cinéma englouti, une preuve irréfutable que ce que l’on dérobe, cache, enseveli, est parfois plus fort et plus intense que tout ce que les encyclopédies de cinéma du monde essayent de nous faire gober. Et quel plaisir de voir le film se refiler entre cinéphiles, comme on se refile un virus, retrouvant le statut culte, le vrai, qu’on lui a sabordé pendant des décennies entières (c’est ce qui a pu arriver, à tout hasard, à Belladonna of Sadness, Wake in Fright ou à Valerie au pays des merveilles). vétéran du «ça passe ou ça casse», il a fait grandir au fil des années une armée de fan secrets, fascinés, exaltés, par l’avalanche de points d’exclamations et d’interrogations qui s’abattent tout le long du film-tornade d’Obayashi.

Qu’on aime ou pas, on ne l’oublie pas. Les ruptures de tons au bulldozer, les matte-paintings insensés, l’humour mi-naïf, mi pervers, la bande-son filant comme un cheval fou, les collages sous LSD… On pourrait broder longtemps sur ce qui fait la singularité et la folie de Hausu. Mais ce qui me frappe encore aujourd’hui, au-delà de sa grammaire cinématographique, c’est sa mélancolie. Derrière les images de gamine dévorées et transfigurées par une maison gourmande, derrière les chats volants, les pianos qui croquent, les rivières de sang, c’est aussi une lettre d’au revoir à l’innocence, un bandage pour âme blessée. Car comme souvent dans la grande tradition japonaise, les malédictions et les horreurs indescriptibles proviennent de la rancœur et des cœurs brisés. Ce qui explique les larmes sous le sucre, la nostalgie pop des images, l’atmosphère de fin de vacances et de chagrin d’amour. Comme lorsque la petite kung-fu, la guerrière du groupe, contemple le soir qui tombe, et se voit soudainement traversée d’un spleen indéfinissable. Hausu n’est pas qu’une grosse farce kawaï, et c’est bien pour ça qu’on l’aime encore d’un amour monstre. J.M.

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