[CRITIQUE] HÔTEL SINGAPURA de Eric Khoo

Neverending story. C’est le premier jour d’Imrah comme femme de chambre à l’Hôtel Singapura. Dans la suite n°27, un groupe de pop est venu fêter le nouvel an. Parmi eux, leur chanteur Damien est dans un état second quand il croise Imrah dans le couloir. Bien plus tard, dans ce même hôtel, une japonaise laisse filer son amant, un travesti reçoit son dernier plaisir avant l’opération, une touriste couche devant son meilleur ami… Mais toujours Imrah, en rangeant la chambre, se souviendra de sa rencontre avec Damien.

Si les murs pouvaient parler, ils raconteraient ces histoires. Décrit comme le premier film érotique de Singapour, Hôtel Singapura nous invite à jouer les voyeurs pendant 1h30, à regarder par le trou de la serrure, à écouter aux portes pour surprendre des étreintes, des amours, des fantômes et à voyager dans le temps. Dans le dossier de presse, le réalisateur Eric Khoo confesse sa fascination par les chambres d’hôtel et ce qu’il peut bien se passer derrière leurs portes, les histoires qu’elles renferment. Mais le film ne se déroule pas exactement comme prévu, du moins ne se résume pas à une succession de secrets d’alcôve. Première surprise, il est tout entier traversé par la conscience à la fois tragique et joyeuse de l’existence humaine. Pour être plus précis, Hôtel Singapura se déroule de son apogée dans les années 40 à sa décrépitude dans un futur pas si lointain. De la même façon qu’il jouait sur l’opposition entre jeunesse et vieillesse pour raconter les mêmes élans amoureux dans Be With Me, Eric Khoo met cette fois-ci en opposition la mortalité et l’immortalité dans ce film à sketches ambitieux et, c’est la réelle limite, sans doute trop pour son propre bien. Non pas que l’on s’ennuie en le regardant mais comme toujours avec ce genre de structures, l’ensemble est inégal, assez joli lorsqu’il se laisse aller à la mélancolie avec la présence fantomatique d’un musicien mort d’une overdose hantant les corridors ou lorsqu’il nous propulse dans un passé empestant la naphtaline, dans un présent en suspens ou dans un futur en ruines; plus contestable lorsque, sous prétexte de faire sens et de faire somme, il essaye de marier les genres entre eux et qu’il tente le registre de la comédie polissonne entre Tinto Brass et Almodovar. Inexorablement, plus les sketchs s’empilent, plus le mille-feuilles étouffe le spectateur. On a pleinement conscience que tout y est conçu selon une pensée d’artiste, et d’artiste qui voit dans le cinéma un art de l’espace et du temps. Pourtant, au final, rien de bien consistant à se mettre sous la dent et toutes les afféteries, dont un segment en noir et blanc, tendent plus vers l’objet décoratif, superficiel et chichiteux que l’incarnation tant recherchée. En d’autres termes, faute d’implication, la sauce ne prend pas vraiment. On reste à la porte, sans éprouver de réelle fascination, de réelle émotion ou de réelle excitation face à ce joli défilé. Sans aucun doute, Hotel Singapura demeure une proposition intéressante faisant joliment tache dans le désert des sorties estivales. Mais on ressort de la salle en retenant avant tout la vanité de cette proposition et la déception amère qu’elle nous inspire.

Les articles les plus lus

spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Date de sortie 24 août 2016 (1h 30min) De Eric Khoo Avec Josie Ho, George Young, Choi Woo-Shik Drame, Romance Singapourien, Hong-kongais[CRITIQUE] HÔTEL SINGAPURA de Eric Khoo
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!