Quentin Tarantino Presents… Il va falloir se faire de plus en plus à ce type d’ouverture sur des films comme Hostel et sa suite, qui témoignent d’un certain amour du cinéma populaire. Robert Rodriguez, c’était (et c’est toujours, d’ailleurs) le frère de péloche de Tarantino. Eli Roth s’impose incontestablement comme un filleul rebelle qui fait partie de ces rares jeunes réalisateurs à pouvoir faire de leurs œuvres des fourre-tout représentatifs de leurs propres goûts. Le premier Hostel, sorti l’an passé, faisait office de divertissant film d’horreur reposant sur le voyeurisme. Hostel 2, en reprenant quasiment la même trame que celle du premier épisode, s’impose comme le film qu’aurait fait Tarantino: ça furète de genres en genres et c’est bien mieux.
Le road trip, c’est tendance chez les étudiantes américaines venues étudier l’art en Italie. En revanche, Beth, Whitney, et Lorna n’auraient jamais dû suivre aveuglément la gentille Axelle leur proposant une petite visite dans l’Auberge infernale. D’autant plus que de riches milliardaires s’affrontent déjà dans une vente aux enchères pour savoir lesquelles auront le droit de les égorger en toute impunité… Le pitch est certes le même que celui du précédent Hostel, mais ce postulat ne nuit aucunement au récit, puisque l’intérêt d’Hostel 2 repose sur une expérimentation cherchant à jouer avec les pions déjà mis en place par Roth et allant jusqu’à les parodier par moment. Un peu comme Raimi sur Evil Dead et sa suite aux antipodes, il préfère s’appuyer sur l’univers fantasmagorique qu’il a déjà créé pour raconter les choses différemment: l’Europe est un vrai coupe-gorge, ses habitants des dangereux pouilleux, et les riches Golden Boy ne sont que des frustrés assoiffés de rage meurtrière. Pareil pour le clin d’œil légèrement poussif à Pulp Fiction qui revient ici, comme les enfants sauvages qui jouent au football avec la première saloperie qui traîne – une scène hallucinante! On s’y est fait: les bases sont donc les mêmes, aussi caricaturales soient-elles. Mais, là où Hostel premier du nom ne se limitait qu’à un survivor sexy cherchant à émoustiller, cette Part 2 s’essaye courageusement à la fois au prestige, à l’hommage, mais aussi au burlesque déconcertant. Trois mots qui ne sont donc pas sans nous rappeler la fameuse recette de qui vous savez.
En tout cas, il marche sur les plates-bandes de son pair, puisque si Quentin Tarantino pouvait avoir stocké quelque part dans les tréfonds de son commémoratif cerveau un retour au giallo, il a de la concurrence. L’introduction, bien qu’inutile puisqu’elle est uniquement là pour faire le lien entre les deux épisodes, étant assez éloquente au même titre que ce plan (mais quel plan!) où apparaît le premier chat noir du film. Hostel 2 pioche certes un peu partout, et même dans les plus élémentaires règles des séries Z (dans une suite on en rajoute une couche et on annihile tout ce pour quoi le héros du premier a lutté), mais Hostel 2 est essentiellement italien dans l’âme.
On pourrait simplifier cette orientation référentielle à la simple présence de Ruggero Deoato, réalisateur de Cannibal Holocaust, qui joue justement et furtivement ici un fin gourmet sur des jeunes proies encore agonisantes, mais Roth va bien plus loin que cela. Il abandonne d’une part tout ce que son film précédent avait d’américain, ici c’est tout le contraire, ne serait ce que son générique de début où l’on remplace des bruits d’instruments aiguisés dans le bonheur annonçant la douleur physique de Hostel 1, par de silencieuses crémations d’éléments personnels (photos, porte-clefs, passeports, bijoux) dans ce second opus. La vraie torture, sera plus psychologique et s’appuiera plus que jamais sur le mépris total de la personne en la réduisant au simple état de punching-ball, pour qui personne n’a la moindre pitié. Pire encore, derrière la mort de chaque victime et objet mis en vente, se cache carrément une industrie de métiers inattendue (rabatteuses, musiciens, hôtes, cuisiniers, maquilleuses, agents de sécurité) pérennisant à elle seule toute l’économie sociale de la région. La caricature moyenâgeuse européenne trouve alors un peu de sens, au-delà d’un certain folklore destiné à amuser. Eli Roth laisse donc un peu tomber le film d’horreur de base pour s’essayer à quelque chose de plus tendancieux. Dans sa forme tout d’abord, qui rejoint effectivement le cinéma d’horreur italien dans ce qu’il avait de plus singulier et de courageux. Un film régulièrement théâtral, poussif, glacial (la punition avec le silencieux faisant froid dans le dos) et même ésotérique par moment comme cette séquence avec la lame de faux qui semble tout droit sortie d’un tableau gothique de la renaissance.
La femme est ici mise en valeur sur différents degrés de charme et d’autorité. Et c’est sur ce même point que Roth arrive également à prolonger ses audaces dans ses idées. Les seules filles en tenue d’Eve déambuleront furtivement aux seconds plans et ce sont même carrément des nus frontaux masculins (parfois en gros plan, impensable dans une production américaine populaire) qui joncheront les moments clés de l’histoire. Et comme il est question de domination psychologique pour sa propre survie, Roth usera de son propos castrateur au-delà de ses limites. Celui qui gagne, n’est donc pas le plus courageux, le plus intelligent, ou le plus fort… mais le plus vicelard. Deux personnages résumeront le film sur cette idée que la mort ne reste qu’un business de plus entre chiens hargneux – d’où le tatouage du Saint-Hubert imposé aux membres du club.

