[CRITIQUE] HOSPITALITÉ de Kôji Fukada: Fukada

Un ami qui vous veut du bien. Au cœur de Tokyo, la famille Kobayashi vit paisiblement de l’imprimerie. Quand un vieil ami de la famille réapparaît, aucun ne réalise à quel point il est en train de s’immiscer progressivement dans leur vie… jusqu’à prendre leur place.

Depuis 2008, Koji Fukada a réalisé 9 long-métrages, dont trois seulement ont été distribués en France: Harmonium (2016), Sayonara (2015), et L’infirmière (2019). Bien que sortis dans le désordre, ils étaient suffisamment intrigants pour donner envie d’en savoir plus sur cet auteur singulier et productif, qui revendique l’influence d’Eric Rohmer. Le distributeur Art House Films a décidé de le faire connaître davantage en programmant cinq de ses films cet été. L’embouteillage post-Covid a obligé de reporter à plus tard le dyptique Suis-moi je te fuis/Fuis-moi je te suis, sélectionné à Cannes 2020. Hospitalité (2010), qui est le deuxième long-métrage de Fukada, contient déjà les principales caractéristiques du cinéaste: une tendance à concilier les opposés, un goût pour la confrontation des points de vue, propice aux paradoxes et aux contradictions apparentes, un regard ouvert sur le monde mais qui sait se fixer avec lucidité sur la société japonaise, soit pour en dénoncer les travers, soit pour en exploiter les richesses particulières à des fins universelles. Ses films peuvent se distinguer selon qu’ils penchent vers une tonalité sombre et dramatique ou au contraire plus solaire et poétique. Hospitalité fait partie de la première catégorie (de même qu’Harmonium et L’infirmière), en tant qu’étude de mœurs qui tend vers la satire sociale.

On y voit un inconnu débarquant dans le quotidien d’une famille apparemment sans histoire, dont la routine est organisée autour de l’imprimerie paternelle. A force de persuasion, l’intrus se fait embaucher puis loger, lui et sa femme brésilienne. La nuit venue, leurs ébats réveillent toute la maisonnée, mais ce n’est que le début d’une série d’initiatives qui dévoilent l’un après l’autre les dysfonctionnements de la maison, laquelle se remplit de tous les étrangers du quartier. Le titre original (en français), est une référence directe à un texte de Jacques Derrida, inspiré par l’histoire d’une personne poursuivie pour avoir hébergé un sans-papiers. Fukada a transposé le thème dans le Japon contemporain, qui à l’époque du film, découvrait tout juste la présence sur son territoire de plus de 2,5 millions d’immigrés. Mais avec son obsession de la pureté, la société japonaise manifeste vis-à-vis de ses étrangers soit une franche hostilité, soit une hypocrisie mêlée de déni. Fukada l’évoque avec un humour qui rappelle la comédie italienne des années 70, et sous une forme inspirée consciemment ou non par Théorème de Pier Paolo Pasolini. Mais il le fait à sa façon très particulière, avec un mélange de causticité et de douceur, en ponctuant ce qui ressemble à une invasion par une danse collective plutôt joyeuse.

Avec le recul, Hospitalité ressemble à un brouillon d’Harmonium, dans lequel on retrouve quelques-uns des principaux ressorts narratifs (l’intrusion d’un élément extérieur ambigu, qui donne des cours à la fille de la maison). Fukada s’avère également un bon directeur d’acteurs qu’il réemploiera par la suite: Kanji Furutachi (le visiteur) se retrouvera dans Au revoir l’été et Harmonium, tandis Bryerly Long (l’épouse brésilienne) jouera le rôle principal de Sayonara. Le procédé consistant à placer un intrus dans une société pour l’explorer de l’intérieur, se retrouvera aussi dans Le soupir des vagues, mais cette fois avec des résultats très différents. Hospitalité est plus que jamais d’actualité, non seulement au Japon, où les restrictions liées au Covid interdisent l’entrée (ou le retour) à tout étranger, mais aussi dans le monde, où les poursuites se multiplient contre des citoyens ayant porté assistance à des sans-papiers. G.D.

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26 mai 2021 / 1h 36min / Comédie De Kôji Fukada Par Kôji Fukada Avec Kenji Yamauchi, Kanji Furutachi, Kiki Sugino Titre original Kantai[CRITIQUE] HOSPITALITÉ de Kôji Fukada: Fukada
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