Il y a quatre ans, Guillaume Nicloux achevait sa trilogie polardeuse avec La clef, film-somme gangréné par la tension paranoïaque, le spleen banlieusard, les escarres du mal. S’y croisaient les détectives d’Une Affaire privée et de Cette femme-là (respectivement Thierry Lhermitte et Josiane Balasko), encore plus amochés par l’existence. Après une telle ambition et une telle noirceur, Nicloux avait manifestement besoin de désinvolture. Résultat : Holiday, une petite comédie cintrée dans laquelle batifolent quelques uns de ses acteurs fétiches (Garance Clavel, Yves Verhoeven etc.). Ceux qui connaissent son univers tordu, ses personnages solitaires qui compensent leur détresse sentimentale par une sexualité malade, ses intrigues au climat poisseux et à l’humeur grotesque seront en terrain familier, les autres beaucoup moins. La structure narrative empruntée aux films noirs demeure la même depuis Le poulpe : un personnage taraudé par des angoisses indicibles et agressé par le monde extérieur (Bellucci dans Le concile de Pierre, Canet dans La clef) se retrouve au cœur d’un tourbillon polyphonique où plusieurs intrigues tournent simultanément, progressant vers une révélation inattendue. Cette fois-ci, un couple improbable (Jean-Pierre Darroussin et Judith Godrèche) débarque dans un hôtel de la quatrième dimension où se désespèrent d’ennui des névrosés incurables en panne sèche affective – chacun étant un psychopathe potentiel (un nain, une nymphomane, un démon de midi, une momie de belle-mère ranimée).
Héros gouailleur dans Le Poulpe et client adepte d’échangisme dans Une Affaire privée, Darroussin s’illustre dans un rôle proche de celui qu’il campait dans l’excellent Feux Rouges (Cédric Kahn, 2004) – Holiday et Feux Rouges ayant en commun un thème puissant, déjà en exergue dans La clef : le couple comme cellule pathogène. A l’arrivée, ce happening ludique et lubrique, fasciné par la putréfaction et la laideur physique, n’échappe pas à l’exercice de style (une impression de théâtralité, loin du naturalisme, qui donne l’impression qu’une fois que les personnages sortent du champ, ils n’existent plus) ni même à la bizarrerie volontariste (des freaks décoratifs). Bien que hanté par les ombres tutélaires de David Lynch (les petits vieux de Mulholland Drive, ici pharmaciens provinciaux ; Isabella Rossellini dans Blue Velvet et la femme du radiateur dans Eraserhead ayant fusionné en Biyouna) et William Friedkin (la femme de chambre incarnée par Françoise Lebrun souffre des mêmes maux que Michael Shannon et Ashley Judd dans Bug), Holiday lorgne en réalité vers le cinéma insolite de Mocky des années 80. Un peu comme un mélange des Saisons du plaisir avec son séminaire d’obsédés sexuels et d’Agent Trouble, avec des ressorts d’enquête à la Agatha Christie (explication et coup de théâtre final inclus), des répliques de boulevard façon Jean-Michel Ribes trash et Julien Doré en Angelo Badalamenti.

