Sinon, on a vu « Hellraiser » de David Bruckner

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Après une vingtaine d’années passées derrière les barreaux de Dimension/Miramax, la licence Hellraiser sort enfin de son enfer: la vérité vraie, c’est qu’on voudrait bien que Clive Barker ne soit plus résumé à ces cénobites (manque de bol, une série est aussi en préparation)… mais s’il faut réparer des cicatrices encore fraîches, allons-y. Le projet, vaguement adoubé par le créateur, part sur des bases saines: la réalisation est confiée à David Bruckner, dont les très sombres The Ritual et The Night House confirmaient la place d’un auteur mature prenant le genre au sérieux, et le rôle du mythique Pinhead échoue à la belle Jamie Clayton, actrice transgenre croisée dans Sense8 des soeurs Wachowski. Que les demeurés hurlent à la wokerie: la queerness de l’univers de Barker en avait bien besoin, ce brave Doug Bradley ayant pris sa retraite depuis longtemps.

D’où viennent les problèmes alors? C’est Hulu qui se charge de mettre les sous dans le projet, eux-mêmes qui avaient délivré un Books of Blood absolument minable il y a deux ans, et c’est accessoirement le très inégal David S.Goyer qui a planché sur le scénario. Mais comme les premières images rassurent, on y croit, on est prêt à triturer le cucube et à recevoir les douces chaînes de l’enfer en pleine tronche. Passé une curieuse introduction où Hiam Abbass (!) est à deux doigts de nous faire une Clare Higgins (Hellraiser: le pacte) et où l’on tue hors-champs, voilà bien embêté: Bruckner filme des disputes de colocs, avec en prime, un ressort scénaristique rappelant le Evil Dead 2013 (un jeune fille en rehab épaulée par son frangin: soyons honnête, on s’en fout). Au milieu, la lament configuration qui débarque, et les ennuis commencent. Mais il est probablement trop tard, tout le décorum mis en place, la caractérisation des personnages ou le casting même ayant quelque chose de profondément standardisé qui ne colle décidément pas à l’univers de Barker. Errance interminable dans de jolis décors, des «je ne suis pas folle, vous savez» à la volée, témoin gênant dessoudé après un échange pseudo-crucial dans un hôpital, huis-clos tournant au slasher haut de gamme… Le Hellraiser de Bruckner compile gentiment, mais assurément, quelques pénibles clichés, tous noyés dans une imagerie, avouons-le, parfois somptueuse. Si leur nouveau-look-pour-une-nouvelle-vie «so precious» fera jaser, les cénobites n’en restent pas moins une des plus grandes réussites de cette mouture, le cuir laissant place à un habit de peau reconfiguré de la manière plus tortueuse qui soit – on appréciera les aiguilles décoratives servant également d’instruments de tortures.

La Super Jamie Clayton regarde ses chères zhumains souffrir d’un air onctueux, mais c’est à se demander, un peu chopé par le col de la déception, pourquoi la chose dure deux fucking heures? Bruckner a beau prendre soin de son jouet, il en oublie de temps en temps l’essence même de Hellraiser: sa perversité et ses atours subversifs, ici résumés à des garçons topless, un personnage raté de milliardaire décadent utilisant l’enfer comme une hotline et une orgie habillée filmée au bout d’un couloir. Il y a quelque chose de tristement formel (même dans ses écarts sanglants) dans ce pandémonium tiré à quatre épingles, loin, très loin de l’atmosphère poisseuse et bricolée des deux premiers films, où le cube révélait tous les interdits. C’est potentiellement toujours mieux qu’une génération entière de dtv interdits, mais difficile de ne pas cacher sa déception. J.M.

Fantastique, Epouvante-horreur
De David Bruckner
Par Clive Barker, Ben Collins
Avec Odessa A’zion, Jamie Clayton, Brandon Flynn.
Disponible sur Hulu

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