[CRITIQUE] HARA-KIRI : MORT D’UN SAMOURAI de Takashi Miike

A la base, Takashi Miike considérait ce remake d’un classique de Masaki Kobayashi adapté de Yasuhiko Takigushi comme un nouveau défi acrobatique : dépoussiérer un genre tombé en désuétude avec une technicité nouvelle, moins pour mettre en valeur des scènes de combat, par ailleurs rares, que pour rendre interactif un monde ancien de contradictions où un personnage désemparé cherche sa voie. Autant prévenir : il est moins intéressé par l’action que par l’humain en assimilant le dialogue à une arme indispensable. Il y a peu, Hideo Nakata, le réalisateur de Ring et Dark Water, avait réalisé le remake du film le plus connu de Kobayashi (Kaidan). Ces deux hommages au réalisateur de La condition humaine rappellent incidemment à quel point ses œuvres traversent les années et traduisent de manière intemporelle les angoisses de l’archipel. C’est encore plus séduisant lorsque l’on sait comment fonctionne Takashi Miike. A chaque nouveau long métrage, ce cinéaste prolifique expérimente des genres différents et propose des exercices de style – avec les limites que ça comporte. Sa force, c’est son éclectisme : ses sources d’inspiration sont très diverses. Visitor Q reprenait la structure du Théorème de Pier Paolo Pasolini en montrant l’intrusion d’un étranger mystique dans une famille dévastée par la violence, la perversité, l’humiliation et la folie; Gozu s’avérait l’un des derniers manifestes surréalistes. 46-okunen no koi révélait le double-héritage de Nagisa Oshima et Jean Genet. Cette fois-ci, avec Hara-Kiri : mort d’un samouraï, il puise moins dans le cinéma européen que dans son patrimoine. Ce qui est plus ardu. Le Harakiri d’origine fut tourné à la bonne époque, après les classiques de Akira Kurosawa et avant les Baby Cart.

Dans les grandes lignes, Miike raconte la même histoire que l’original de Kobayashi jusque dans la construction narrative en flashbacks jadis inventée par Shinobu Hashimoto, scénariste du Rashômon, d’Akira Kurosawa. Accessoirement, on retrouve l’une des caractéristiques typiques de son cinéma : une ouverture et une conclusion intenses, construits comme des climax attendus, et un milieu, plus aléatoire, qui s’étend du brillant à l’insignifiant. Le contexte (le Japon médiéval pacifié du XVIIe siècle) est plutôt bien exploité et détermine les «hara-kiris pantomimes» où les samouraïs se produisent chez des seigneurs pour se faire seppuku afin de purifier leurs âmes souillées. Hara-Kiri : mort d’un samouraï invite à voir au-delà des apparences (ce qui se cache derrière le stoïcisme du samouraï), en fustigeant les dérives patriotiques (la voie du guerrier) et en remettant en cause les jugements hâtifs comme les codes d’honneur obsolètes. Il n’en recèle pas moins une dimension politique proche du plaidoyer : la métaphore d’un pays kamikaze, mutilé et suicidaire. Certes, on est loin de l’excentricité à laquelle Takashi Miike nous avait habituées par le passé (Audition, la trilogie des Dead or Alive), comme s’il avait définitivement tourné la page et tiré un trait sur sa réputation d’enfant terrible. Il est devenu un adulte sérieux, aux commandes d’une tragédie humaniste et noire, qui s’adresse à l’émotion et à l’imagination plutôt qu’à la raison et à la logique et appelle à la compassion. Loin de toute tentation potache ou surréalisante, il refuse les apparats, les mauvaises blagues et, fort de son expérience passée, réussit à convaincre dans ce nouvel habit. C’est peut-être grâce à cette sobriété de surface qu’il va séduire un nouveau public.

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