« Greenhouse » de Sol-hui Lee: aussi intrigant que prometteur

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Greenhouse est un premier film extrêmement prometteur de la réalisatrice coréenne Lee Solhui, et il serait tentant de le définir comme un mélange de genres qui inclurait, sous l’apparence du film noir, des éléments de commentaire social avec une touche de comédie pince-sans-rire, mais ce serait le réduire et sous-estimer la surprenante richesse de son contenu et la variété de ses ambiances. Le début n’est pas joyeux: on y fait connaissance avec Moon Jung, une quadragénaire divorcée en proie à de multiples difficultés. Par manque d’argent, elle s’est inscrite dans un groupe de thérapie pour des gens qui comme elle, ont tendance à se faire du mal. Elle vit dans une serre en plastique à l’écart de la ville, en attendant de trouver un appartement décent pour y accueillir son fils lorsque celui-ci sortira du centre de rééducation. Elle gagne sa vie en donnant des soins à domicile à un couple de retraités aisés, mais à la santé déclinante: lui est aveugle, et sa femme, atteinte de démence sénile, est persuadée qu’on veut la tuer. Etrangement, Moon Jung est beaucoup plus motivée pour soigner cette femme dépendante que sa propre mère internée dans un Ehpad, et que Moon Jung a tendance à négliger.

Par ailleurs, Moon Jung s’attache imprudemment à Soon nam, une fille de son groupe assez perturbée et victime d’abus, qui voit en Moon Jung une figure maternelle à laquelle s’accrocher. Petit à petit se mettent en place les morceaux d’un puzzle basé sur un jeu de permutations. Chacun cherche à améliorer sa propre réalité, par nature ou par intérêt, en se trouvant provisoirement des proches de substitution. Jusqu’à ce qu’un accident précipite les choses et oblige Moon Jung à opérer une substitution encore plus risquée et temporaire. Le film bascule alors dans une dimension qu’il faudrait qualifier d’hitchcockienne, à la fois pour le suspens généré par le temps qui s’écoule, et aussi pour l’humour noir et l’ironie des nouvelles situations.

La réalisatrice Lee Solhui dit s’être inspirée pour Greenhouse d’une expérience personnelle: sa mère s’est occupée de sa grand-mère atteinte de démence, et le lien familial rendait la tâche très difficile. Elle en a tiré un script dynamique et surprenant autour de thèmes très contemporains qui ne sont pas spécifiques à la Corée: le vieillissement, la maladie mentale, et leur gestion par les générations descendantes qui n’ont pas forcément les moyens de s’occuper de leurs parents, sans compter l’altruisme des uns et l’égoïsme des autres. De ce point de vue, Moon jung apparaît sincèrement désintéressée, ce qui plaide pour une interprétation optimiste de la conclusion subtilement ambigüe. G.D.

29 mai 2024 en salle | 1h 40min | Thriller
De Sol-hui Lee | Par Sol-hui Lee
Avec Seo-Hyeong Kim, Jae-sung Yang, So-yo Ahn
Titre original Binilhauseu

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