[Critique] Greenberg de Noah Baumbach

Sur le papier, Greenberg peut agacer par le côté imprécateur des petits films indépendants américains qui exploitent la déprime d’un personnage principal pour en tirer des « comédies romantiques ». Le schéma classique, déjà vu et potentiellement rébarbatif. Heureusement, le film vaut mieux, en partie grâce à Noah Baumbach, coscénariste de Wes Anderson et réalisateur des Berkman se séparent, qui commence le récit comme la réunion idyllique de deux paumés qui voit chez l’un et chez l’autre la même détresse face à un monde qui a évolué sans eux, avant de l’achever sèchement comme une agonie amoureuse intime et indicible. L’un avait tout pour séduire l’autre mais il arrive parfois que deux personnes qui veulent être ensemble, qui ont le sentiment qu’elles doivent être ensemble, en sont tout simplement incapables. Rien que cette construction, proche du mouvement Mumblecore (les frères Safdie – Lenny And The Kids (Go Get Some Rosemary)), dénote d’un refus de creuser un sillon formaté. Et puis, il y a Ben Stiller. Sans atteindre ce que produisait Jim Carrey dans Man On The Moon ou même de Adam Sandler dans Funny People, l’acteur joue bien le mec entre l’insouciance et l’impasse qui se remet à peine de son séjour à l’hosto. De bout en bout, il reste noyé dans un élastique gluant entre celui qui, il y a encore quelques années, avait les moyens de changer sa vie et celui qui devra faire en sorte que sa vie soit moins pathétique.

Le risque, c’est que si on refuse d’emblée la dépression de ce personnage, ses états d’âme et son antipathie bougonne, on risque de passer à côté de l’ensemble qui traite par ailleurs de la poisse des sentiments, de la complaisance du malheur et de l’inaptitude à l’amour. L’autre bonne surprise, ce sont les autres comédiens, au diapason mélancolique : Greta Gerwig, très présente dans la première partie avec Ben Stiller, joue sur une gamme variée d’émotions afin de rendre son personnage primesautier plus touchant qu’irritant et s’échappe de ce rôle casse-gueule avec un culot monstre. Rhys Ifans qui, comme Ben Stiller, menace toujours d’en faire des tonnes, n’a jamais été aussi poignant que dans ce rôle de vieux compagnon de route qui partage la même remise en question. Jennifer Jason Leigh, qui a coécrit le scénario, n’a jamais paru aussi radieuse en ancienne reine du lycée, devenue quadra et moins fanée que convenu. Un peu comme Sharon Stone dans Broken Flowers, de Jim Jarmusch. Enfin, on ne compte plus les bonnes idées de Baumbach : le choc des générations, la justesse des répliques de clown triste, les hommages discrets à Fellini et à Antonioni, Greenberg qui ne peut plus prendre sa voiture et se contente de marcher dans les rues de Los Angeles (et donc la manière dont il se déplace dans le cadre). C’est aussi grisant et triste qu’un road-movie existentiel, mais pédestre.

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