[CRITIQUE] GOD’S PUZZLE de Takashi Miike

Pendant longtemps (une bonne demi-heure), on a la vague impression que le stakhanoviste Miike nous fait une bonne blague en sortant du placard un de ses bouquins de physique poussiéreux de la seconde pour en recopier des pages entières et les donner en guise de dialogues aux acteurs. L’exercice serait laborieux, fastidieux pour tout le monde, s’il n’avait pas choisi comme acteur principal, Kenichi Endo, une bombe d’énergie qui joue mieux que quiconque le mec qui ne sait pas ce qu’il fout là.

On comprend que son personnage préfère le rock aux sumos, la glande aux cours, que son frère jumeau – qui part en Inde au tout début – est le préféré de la famille et que lui, c’est l’artiste loser uniquement bon à vendre de la bouffe et à rêver sa vie. En cours, il découvre Einstein, porte des tee-shirts qui lui foutent la honte, discute avec un vieux, ne capte strictement rien aux sciences et suit assidument les cours pour les beaux yeux d’une belle plante que l’on devine aussi névrosée que l’héroïne d’Audition et qui est ouvertement décrite comme la petite amie idéale du nerd. La miss intello, qui assure niveau érudition, le fascine, le trouble, le rejette. Parce qu’elle ne peut pas connaître l’amour. Parce qu’elle a été programmée pour être intelligente. Parce qu’elle a créé un accélérateur de particules géant qui va lui permettre de prouver qu’il est possible de créer un univers et de démontrer en somme que Dieu, c’est bullshit.

D’où vient cette impression étrange que Miike filme avec détachement et survole les nombreux thèmes qu’il introduit ? En fait, si on fait abstraction des longues séquences logorrhéiques qui omettent la plupart du temps les informations essentielles (ce qui nous permettrait à nous de compléter le « puzzle de Dieu » du titre), il faut s’accrocher jusqu’au bout pour profiter du dernier quart d’heure, apprécier l’efficacité de la démarche (se moquer des codes du teenage-movie), rire de ses champ / contre-champ ironiques, ressentir la mélancolie indicible de personnages qui se réfugient dans des univers ou partent à l’étranger pour fuir la cruelle réalité de ce bas monde, savourer la dimension viscéralement romantique de cette histoire d’amour impossible sans sushi express et comprendre – une bonne fois pour toute – que Takashi Miike ne réalise des films qui ne ressemblent qu’aux choses bizarres qui bougent dans son cerveau. Tant mieux pour lui. Tant mieux pour nous.

Les articles les plus lus

spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Pendant longtemps (une bonne demi-heure), on a la vague impression que le stakhanoviste Miike nous fait une bonne blague en sortant du placard un de ses bouquins de physique poussiéreux de la seconde pour en recopier des pages entières et les donner en guise...[CRITIQUE] GOD'S PUZZLE de Takashi Miike
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!