« Godland » de Hlynur Palmàson: une épopée d’une élégance rare, idéale pour terminer 2022 au cinéma

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Fin du XIXe siècle: un jeune prêtre danois arrivé en Islande a pour mission de faire construire une église avant l’hiver suivant et de photographier la population au milieu de paysages inhospitaliers. Tandis qu’il s’acquitte de son devoir avec son équipe, une improbable histoire d’amour se développe en même temps qu’un violent conflit… Utilisant un processus au collodion humide qui a remplacé le daguerréotype vers 1860 (on dit merci au dossier de presse), Godland, nouveau long métrage de notre chouchou Hlynur Pálmason, replonge dans cette époque où nos aïeux scandinaves allaient eux-mêmes pêcher leurs truites en hiver et bivouaquaient en terrain hostile sans besoin impératif de recourir à des tutos Youtube.

Disons-le tout de suite: le film est une merveille visuelle, empruntant des plans d’ensemble à la symétrie maniaque d’un Wes Anderson, une mise en scène archiprécise et soutenue par une douceur dans le regard qui fait presque de Pálmason une exception. On dit bien une exception: en général, quand des films atteignent une maîtrise technique pareille, on est souvent embêtés de sentir trop fort la présence d’un cinéaste bien immodeste derrière (“vise-moi ce travelling ou ce panoramique plein de maestria!” semblait nous dire Miguel Gomes dans ses 1001 nuits, pour ne citer que lui). Rien de tout cela ici, Pálmason semble habité par un feu herzogien, même si vous ne verrez pas Klaus Kinski débarquer dans cette équipée sauvage pour manger vos enfants (le film contient une violence enfouie en lui, mais ne joue jamais la carte de l’hystérie). D’abord recentré autour d’hommes en mouvement qu’animent des sentiments pas toujours très nobles, le film se stabilise dans une deuxième partie où surgissent des femmes (de la passion amoureuse, enfin). Sans verser dans un pompiérisme cinéphile pas très original, le film convoque au loin la mémoire d’un Délivrance soft, d’une Leçon de Piano où l’on communique énormément avec les yeux, et de moments bucolico-festifs qu’on croit tirés de la Porte du Paradis, mais sans Zaza qui fait du patin à roulettes. G.R.

21 décembre 2022 en salle / 2h 23min / Drame
De Hlynur Palmason
Par Hlynur Palmason
Avec Elliott Crosset Hove, Victoria Carmen Sonne, Ída Mekkín Hlynsdóttir
Titre original Vanskabte Land

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