Après un combat trépidant contre un monstre de latex, cinq justiciers, les Tabac Force, sont envoyés en retraite par leur chef pour renforcer leur cohésion de groupe. Isolé dans un bunker près d’un lac, c’est l’occasion de faire un break et de s’en raconter des bonnes. Mais dans l’ombre, les coups de théâtre et l’ennemi guettent.
On connaît la productivité de Quentin Dupieux (ici son 11e film), après Incroyable mais vrai, pastille méta aussi philosophique que facétieuse. S’il a conservé un format lorgnant toujours vers le moyen métrage, qu’en est-il de cette nouvelle proposition? Comme l’affiche clairement les images promo, nous sommes dans une relecture aussi kitsch que rétro. Héros bidons, décors évoquant autant la nature que le terroir, monstres en carton-pâte (on aime bien les animatroniques et la marionnette baveuse à la Flat Eric), side-kick robotique complétement con et méchant très méchant annonce la couleur: le réalisateur reprend les codes des niaiseries des années 80, en particulier des sentai Powers Rangers et Bioman (ah, le club Dorothée!), pour mieux s’en amuser. Un soin du détail qu’on saluera, concentré sous des enjeux bien trop excessifs pour être sérieux et des répliques joliment naïves (le film donne l’impression d’entrer dans la diégèse d’un show TV devenue réalité).
En plaçant cet univers neuneu dans un cadre contemporain, l’astuce du film est de jouer sur ce décalage. Et oui, c’est nawak façon cour de récré, généreusement bête, affinant et confirmant, après plusieurs films, le tempo comique efficace de Quentin Dupieux, toujours aussi bon lorsqu’il mêle le méta et l’absurde (la séquence rythmée du combat au début du film). N’y a-t-il que ça pour autant? Non, bien sûr, et c’est là que le dilemme se pose: s’il ne faut pas sur-analyser le film et juste le voir pour ce qu’il est, dans sa gratuité fun, on devine la réflexion qui affleure derrière. Celle d’insuffler un fond d’anxiété contemporaine dans cette fiction premier degré: les insinuations maladroites et les quiproquos à l’ère woke, les mauvaises habitudes (le tabac, ici) devenant motif de préventions condescendantes, les réflexions mentales auto-centrées et alambiquées, la peur d’une menace potentielle, etc. Dans cet univers aseptisé où le danger est partout et nulle part, ne restent plus que les anecdotes au coin du feu. Des historiettes qui, sans crier gare, seront mises en scène comme trois petits récits aussi sanglants qu’improbables façon anthologie méta à la Black Museum (Black Mirror, Saison 4/ Ep. 6, 2017). Si on regrette ces détournements, plutôt osef et confus, de la trame principale, le message est là: à l’ère des informations continues, les récits autour de nous, censés nous détendre, sont devenus flippés et anxiogènes.
On ne voit pas l’heure passer et Quentin Dupieux emballe son divertissement selon la recette plaisante et habituelle. Mais voilà le hic justement. Quelque chose reste à la surface et peine à aller jusqu’au bout. Si le propos, quand l’on creuse un peu, mérite le détour, la chantilly reste légère. Et au vu des potentiels, de l’humour noir qui fait mouche et des gimmicks visuels inspirés, on déplorera, encore une fois, la formule mêlant concept fort pour développement faible, voire paresseux. Nous laissant sur un final (littéralement) fumeux, patate chaude dont le réalisateur ne sait que faire, ce dernier choisira d’aligner les saynètes familières plutôt que d’en exploiter toutes les possibilités créatives. Allez, on vous dit. Emballé, c’est pesé. M.S.
30 novembre 2022 en salle / 1h 20min / France / ComédieDe Quentin Dupieux Avec Gilles Lellouche, Oulaya Amamra, Vincent Lacoste, Anaïs Demoustier, Jean-Pascal Zadi, Alain Chabat |

30 novembre 2022 en salle / 1h 20min / France / Comédie