Le réalisateur américain Bennett Miller, nommé pour l’Oscar du meilleur réalisateur en 2005 avec son premier film Truman Capote, replonge dans le monde du sport après Le Stratège (2011), consacré au baseball. En mode très bien.
Foxcatcher débute en 1987: Dave Schultz et son jeune frère Mark (respectivement Mark Ruffalo et Channing Tatum) ont tous deux rapporté des médailles d’or des JO de 1984 à Los Angeles. Mais l’argent est rare pour les deux lutteurs, soudés par une enfance difficile, ballotés de ville en ville après la séparation de leurs parents. C’est Dave qui a élevé Mark.
Plus âgé, Dave a fondé une famille et entraîne Mark, solitaire et quasi mutique, qui veut renouveler l’exploit à Séoul l’année suivante Le milliardaire John Du Pont (Steve Carell) va faire voler en éclat l’harmonie qui règne entre les deux frères. Il se rêve entraîneur de lutte, a les moyens financiers de le devenir et invite Mark dans le centre sportif flambant neuf qu’il a bâti sur son immense propriété du Vermont. Mark découvre le luxe, les jets privés, la cocaïne et tombe sous l’influence de « son mentor, son père ».
Tristesse noire
Disons-le : Steve Carell est loin de ses succès comiques de la télévision (The Office) ou du cinéma (40 ans toujours puceau). Son personnage, John Du Pont, ne rêve que d’impressionner sa mère (Vanessa Redgrave) qui collectionne les récompenses de ses pur-sang et n’a que mépris pour la lutte, « un sport vulgaire » qui n’a pas sa place sur ses terres de Foxcatcher (chasseur de renard).
La mécanique est remontée pour que le drame s’enclenche lorsque Dave rejoint à son tour l’équipe comme entraîneur. Frustres, les deux frères s’expriment peu et les deux acteurs usent de leur visage et surtout de leur corps pour s’exprimer, notamment lors des scènes de lutte, filmées comme de véritables chorégraphies.
Bennett Miller, lui, a mis huit ans à préparer ce sujet, à se documenter en rencontrant la famille et ceux qui ont connu les deux frères. « Tous m’ont dit que jamais ils n’auraient imaginé que cela se terminerait ainsi« , avouait-il au dernier Festival de Cannes.
Foxcatcher avance masqué, cache son jeu avec élégance : derrière le côté «histoire vraie», le classicisme et les perfs d’acteurs, le film raconte en substance les rêves brisés, la cristallisation, le vampirisme comme la complexité indicible des liens réels comme fantasmés, se révélant aussi sombre que troublant.


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