Five nights at Freddy’s, ou comment passer du petit miracle à l’usine. En 2014, déboule sur PC un minuscule jeu indé d’horreur comme tant d’autres, sans grande ambition narrative ou graphique. Tout son sel est contenu dans sa maîtrise du trouillomètre: dans des décors en 3D pré-calculés évoquant des soft de la fin des années 90, l’on doit tenir une nuit entière dans une pizzeria déserte, hantée par des mascottes animatroniques qui attendent le moment propice pour vous dévorer. Immobile dans une salle de contrôle, l’on doit surveiller leurs faits et gestes via des écrans de surveillance, et fermer portes et lumières au bon moment, au risque de se faire bien évidemment choper. De la pure tension, simple, bête, primaire, dont le jumpscare tant craint vise très justement l’arrêt cardiaque. Pas gore et peu avare en ressources, le soft fait un tabac chez les plus jeunes, bien relayé par une génération de youtubeurs prête à gueuler comme des veaux face à leur écran. Viendra bien sûr une suite, puis une troisième, une quatrième… Le merchandising et la fan-base de plus en plus conséquente faisant grossir davantage un lore à l’origine riquiqui.
Très tôt, le requin Jason Blum entend avoir sa part du gâteau côté salles obscures. Ce qui aboutira à un developpment hell de plusieurs années, se concluant par un bidule bazardé en quelques mois et distribué quasiment dans la foulée. À la barre, et après le départ de Chris Colombus, on est allé chercher Emma Tammi, qui avait commis il y a quelques années le western horrifique The Wind, tentative ratée de mélange de genres qui embrassait tous les défauts de la ghost story contemporaine. Deux choix s’offrent à elle et son producteur véreux (encore bien content de signer une prod PG-13, histoire d’amasser trois fois plus de sous): soit un film d’ambiance; soit un versant plus fun façon Killer Klowns (Stephen Chiodo, 1988), ce qu’avait bien compris Willy’s Wonderland, adaptation filou et non officielle de FNAF. Et ben, figurez-vous que nous n’aurons ni l’un, ni l’autre…
Si le script colle de près au pitch du soft (un chômeur désœuvré accepte d’être veilleur de nuit dans une pizzeria des années 80 envahie de peluches géantes zinzins), Emma Tammi a jugé bon de garder le ton solennel de son précédent film. Comme dirait Jamie Lee Curtis et son meme sur les Internets, ici, on ne cause que de TRAUMA, et en particulier ceux de son personnage principal incarné par cette endive humaine de Josh Hutcherson. Scènes oniriques à répétition et allers-retours mollassons finissent par faire de l’ombre aux mascottes stars, qui se contentent de croquer quelques malandrins hors-champ avant de la jouer sympa. Atrocement rythmé, jamais ne serait-ce qu’inquiétant ou drôle, et allant même jusqu’à condamner Matthew Lillard à rejouer éternellement la fin du Scream de Wes Craven (mérite-t-on vraiment ça?), FNAF a explosé le box-office américain auprès d’un public manifestement aveugle et sourd – la rhétorique de «viser un jeune public» ne dispense pas d’un vrai bon film -, laissant ce satané Jason avec un sourire de coin derrière son bureau. L’enchaînement récent avec L’exorciste: Devotion, Insidous 5 et Totally Killer confirme bien que le bonhomme a lâché la barre et promeut le pilotage automatique. Surtout, il n’en a plus rien à foutre. Et ça tombe bien, nous non plus. J.M.
8 novembre 2023 en salle / 1h 50min / Epouvante-horreurDe Emma Tammi Scn Scott Cawthon, Emma Tammi Avec Josh Hutcherson, Piper Rubio, Elizabeth Lail |

8 novembre 2023 en salle / 1h 50min / Epouvante-horreur