A la manière de Jane Campion, la réalisatrice de La leçon de Piano, également en compétition à Cannes avec Bright Star, Andrea Arnold aime à plonger dans les arcanes du désir féminin pour refléter l’urgence de l’attraction charnelle et le bouillonnement psychologique chez des poupées brisées. Son premier film, Red Road, dans lequel l’opératrice d’une société de vidéosurveillance cherchait des noises à un homme lié à son passé et responsable d’un lourd traumatisme, avait pour grande qualité une intrigue directe, élaguée. A travers ce portrait Nabokovien de Lolita, Fish Tank paraît plus sinueux.
Andrea Arnold reprend les idées narratives (les zones d’ombre éclaircies par un coup de théâtre, la métaphore animale) et formelles (dimension urbaine avec lampadaires et immeubles anonymes, atmosphère mélancolique) les plus marquantes de son précédent long métrage et pose une question passionnante : que se passe-t-il lorsque l’on transgresse un tabou et que l’on matérialise un fantasme ? En construisant le récit comme un voyage intérieur dont on peut conserver des séquelles à vie, la cinéaste ausculte la tension sexuelle, le passage à l’acte et les conséquences. Dans Red Road, elle proposait une variation originale de Blow up, de Antonioni. Cette fois, à la lisière du documentaire et du romanesque, elle lorgne du côté des frères Dardenne en partageant le même refus de l’excès et du suspens artificiel (corps et regards meurtris, expressivité des gestes, de l’immobilité à l’hyperactivité). L’absence de simplicité et les ficelles un peu voyantes entachent partiellement le plaisir. Cependant, malgré quelques scories démonstratives, Andrea Arnold aime l’insolence de son personnage principal, sait érotiser le corps des hommes, créer une ambiance trip-hop torve, capter des sentiments infinitésimaux, explorer des terres troubles, sublimer les non-dits.

