[CRITIQUE] FIGHTER de David O. Russell

Peu étonnant que Darren Aronofsky qui devait au départ assurer la réalisation de Fighter avec Mark Wahlberg et Brad Pitt comme acteurs – avant d’être une seconde fois lâché par le mari d’Angelina après The Fountain -, se contente à l’arrivée de n’être que producteur exécutif : le sujet et le traitement ressemblent beaucoup à The Wrestler (2009). C’est d’autant plus flagrant que les deux films possèdent la même influence du cinéma américain des années 70, notamment Fat City (John Huston, 1972) et surtout Raging Bull (Martin Scorsese, 1980). Une prémonition pour Mark Wahlberg qui, à la fin de Boogie Nights (Paul Thomas Anderson, 1997), récitait face à un miroir les mots de Jake Lamotta. Comme toujours, la boxe est un sujet de cinéma idéal : le parcours d’une carrière de boxeur possède déjà une structure narrative, depuis les années de formation jusqu’au dernier combat, en passant par l’ascension et la déliquescence. Micky Ward est un boxeur qui avait en lui le potentiel pour devenir un champion et qui, pour réussir, a dû choisir de meilleurs alliés : ne plus avoir sa mère (Melissa Leo, révélée dans Frozen River) comme gérante et son demi-frère Dickie (Christian Bale) comme entraîneur.

A la manière de Darren Aronofsky, le réalisateur David O. Russell, arrivé sur le projet par son ami Mark Wahlberg avec qui il a tourné ses deux précédents films (Les Rois du désert et I Heart Huckabees), privilégie le portrait de l’athlète aux combats pugilistiques. Pour tout dire, on ne voit qu’un match vers la fin, filmé dans la durée, et il ressemble à une libération pour un personnage peu démonstratif au quotidien. Le spectateur est amené à comprendre que son combat ne se situe pas sur le ring mais dans une autre sphère, plus violente : celle d’une famille white trash du quartier ouvrier de Lowell, au Massachusetts, non loin de Boston. La petite amie (Amy Adams) a un rôle essentiel et encourage le boxeur à s’affranchir d’un clan de bulldogs décolorés où les femmes – une mère tonitruante et ses filles – dirigent la vie des hommes, impuissants ou couards. Sans la pression morale de sa famille, Micky Ward n’aurait peut-être pas eu l’envie de s’en sortir. Sans le mauvais exemple de son frère, il n’aurait jamais su ce qu’il ne fallait pas faire. Sans l’aide de sa copine, il n’aurait pas réussi à se surpasser.

Il faut saluer l’implication de Mark Wahlberg, également producteur, qui s’est entraîné pendant quatre ans pour ressembler à un boxeur et acquérir les capacités physiques pour exister face à son adversaire (sur un ring, on ne peut pas tricher). C’est sans doute le rôle de sa vie et il pourrait lui valoir une récompense, tout comme Christian Bale qui, sous son impulsion, a subi une nouvelle transformation physique en fantasmant un rôle à la Robert de Niro et une statuette dorée. Ils y ont cru dès le départ et n’ont pas relâché les efforts même lorsque tout semblait voué à l’échec. Sans leur foi, Fighter n’aurait pas eu la même intensité. Après l’exubérance épuisante de I Heart Huckabees, David O. Russell a opté pour plus de sobriété et un minimum d’artifices. A la lisière du documentaire et du romanesque, sa mise en scène joue moins la carte de la séduction que celle de l’âpreté, avec une éloquence du détail, pour rappeler qu’il s’agit d’une histoire vraie (le logo «based on a true story»). Heureusement, l’esprit de sérieux ne bride pas l’humour ni l’émotion.

Les articles les plus lus

« Le son des souvenirs » de Oliver Hermanus : Brokeback guimauve

History of sound raconte l’histoire heurtée entre Lionel, jeune...

Nicolas Winding Refn aux commandes d’un remake de « Maniac Cop » ? C’est William Lustig qui le dit

Le réalisateur danois Nicolas Winding Refn devrait tourner à...

[BODY MELT] Philip Brophy, 1993

Au début des années 90, le film de genre...

[APACHES] John Mackenzie, 1977

Coucou, c'est l’heure du chaos : savez-vous où sont...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Peu étonnant que Darren Aronofsky qui devait au départ assurer la réalisation de Fighter avec Mark Wahlberg et Brad Pitt comme acteurs - avant d'être une seconde fois lâché par le mari d'Angelina après The Fountain -, se contente à l'arrivée de n'être que producteur...[CRITIQUE] FIGHTER de David O. Russell
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!