Qui a besoin de 2h19 de souffrance pelliculée? Dans les années 1950 à Pittsburgh, Troy Maxson, ancien joueur de la Negro League de baseball, est devenu éboueur. Il vit aujourd’hui avec son épouse Rose, son fils Cory et son jeune frère Gabriel, ancien soldat handicapé suite à une blessure à la tête.
N’oublie pas que tu vas souffrir. La publicité le martèle partout, tel un pop-up envahissant: « Toutes les critiques sont unanimes, Fences est l’un des meilleurs films de l’année. » Pour toutes les critiques donc sauf pour nous. Courage, fuyez: cette moissonneuse à Oscars estampillée Paramount se révèle un calvaire de 2h19 (on redit pour que tout le monde imprime: un-calvaire-de-2h19) qui a la malchance d’avoir, devant la caméra, un comédien au-delà de l’épuisement (Denzel 1, chargeant la mule en papa-pochtron-atrabilaire-blessé-qui-a-quand-même-un-coeur) et, derrière, un réalisateur incompétent (Denzel 2, qui enchaîne les champs/contre-champs en guise de « mise en scène »). En d’autres termes, tout le monde y surjoue et personne ne filme. Un peu comme au mauvais théâtre, me direz-vous? Voilà, c’est ça.
On ne sera pas surpris d’apprendre que Fences s’avère l’adaptation d’une pièce de August Wilson – Washington jouait déjà son personnage d’ancien joueur de baseball aviné sur scène à Broadway. On l’est un peu plus, en revanche, que Denzel cinéaste n’ait pas jugé utile de donner plus d’ampleur à l’écran, confinant ce drame très dramatique à de terribles clichés ambulants. Au lieu de faire vivre son Pittsburgh des années 50, Denzel nous cloue dans cette demeure où se trame tout ce que vous pouvez imaginer de secrets, de non-dits, de frustrations, de trahisons, de boulets… Est-ce que le parti-pris, consistant à nous faire ressentir le côté pathogène de ces lourdes tensions, est pertinent? Pas du tout: il est contreproductif, pour la simple et bonne raison que chez Denzel 2, le hors-champ n’existe pas. Personne ne vit autour. Ce qui intéresse Denzel 2, c’est Denzel 1. Conglomérat de (mauvaises) perfs hystérostentatoires d’acteurs et de (mauvaises) ficelles mélodramatiques, Fences ne tient que grâce à la formidable Viola Davis, seul argument donnant envie de rester jusqu’au bout…

