[CRITIQUE] FAHRENHEIT 9/11 de Michael Moore

Ce documentaire s’attaque de plein fouet aux problèmes brûlants de l’Amérique. La caméra de Michael Moore filme avec scepticisme le président George W. Bush et ses propres conseillers.

Palme d’or du dernier Festival de Cannes, Fahrenheit 9/11 a créé l’événement… et maintenant la polémique. À Cannes, tout le monde s’accordait pour dire que ce documentaire était subversif, corrosif et bouleversant. Aujourd’hui, consensus oblige, il suscite des réactions plus mitigées. On reproche à Michael Moore ce qu’on ne lui reprochait pas avant : son côté moralisateur et donneur de leçon. On ne lui pardonne pas non plus la manipulation qu’il exerce sur son public, trouvant effectivement des arguments extrêmement éloquents et inquiétants qui confinent presque à la propagande.
Avec le recul, on se dit finalement que c’est une bonne chose qu’un film aussi controversé (tout pour ou tout contre) soit en tête d’une sélection hétéroclite qui plaidait un certain éclectisme (de Exils de Tony Gatlif à Innocence de Mamuro Oshii, en passant par 2046 de Wong Kar-wai et notre Palme d’or aVoir-aLire : l’exceptionnel Old boy de Park Chan-wook qui repartira avec le grand prix tarantinesque) et un sens prononcé pour les œuvres marquées par la noirceur et le mal de vivre.

Qu’on le veuille ou non, ce prix si spécial est politique : Fahrenheit 9/11 est un appel à la conscience salutaire avant les prochaines échéances électorales américaines, un film militant qui enregistre sur bobine la connerie du monde. Dans son opus, sorte de tract édifiant qui oscille entre drôlerie et horreur, tragédie et grotesque, tout en restant très convaincant, Moore montre, démontre et démonte férocement le clan Bush, et pointe du doigt une effroyable manipulation des masses. Comment Bush a remporté les élections, les liens entre sa famille et celle de Ben Laden, sa réaction lors des attentats du World Trade Center.

Après Roger et moi, The big one et plus récemment Bowling for Colombine, au demeurant trois brillants docus, Michael Moore pousse très loin la dénonciation féroce quitte à verser par intermittence dans le démonstratif (certains parlent de chantage à l’émotion, notamment avec la scène finale). Pourtant, ces traits appuyés correspondent parfaitement à l’absence de demi-mesure, au courage, aux audaces, aux prises de risque du documentariste. Ce sont tous ces excès qui font le sel de ce brûlot pamphlétaire, nouvelle balafre au portrait lisse de l’Oncle Sam. Inutile de jouer plus longtemps les blasés et acclamons enfin l’efficacité de ce Fahrenheit 9/11 : le constat que nous assène Moore fait simplement grincer les dents, parce qu’il confirme ce qu’on n’osait croire.

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