« EO » de Jerzy Skolimowski: la star du cinéma chaos en 2022 est… un âne!

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Jerzy mit l’âne dans un pré… Et quelle surprise ce fut! On nous avait promis un remake d’Au Hasard Balthazar, voici un film qu’on pourrait associer à de la musique bruitiste – prends ça, Robert Bresson – qui imagine ce que pourrait être un cinéma au regard désanthropocentré (on ne sait pas si ça se dit, mais on le dit quand même).

EO (Hi-Han) suit le parcours d’un âne de cirque qu’on retire à sa jeune propriétaire (Sandra Drzymalska en nouvelle Anne Wiazemsky) à la demande d’association de défense des animaux. Séparé de la seule personne qu’il aime, notre âne sera trimbalé à-peu-près partout à la surface du globe, témoin souvent impuissant des plus effarantes stupidités humaines, dépliant ainsi un effrayant inventaire à la Prévert de nos cruautés contemporaines… Et vas-y que je te tape un petit foot et plein air, que je passe boire un verre au troquet du coin, et vas-y que je me fais pourchasser par des fafs et que je croise une jeunesse ignare pour qui le cheval, « c’est d’abord du salami »…

Ça commence comme du Roy Andersson et ça finit par… par quoi au fait? Par un cinéma ne choisissant plus de placer sa focale à hauteur d’homme, mais à dos d’âne, un animal réputé pour son côté patient et stupide; ce qui permettra au voyage de prendre des couleurs aussi irréfléchies que jusqu’au-boutistes. Le début du film désarçonne complètement; le cinéaste n’expliquant pas vraiment cette succession de plans hallucinatoires semblant jouer une certaine carte (très opportuniste) du contemporain (un drone filmant comme un drone et parcourant une prairie, pour ne citer que lui). À mesure que la machine s’enraye, à mesure que le film croise les vitesses et qu’on en vient à se demander si on n’est pas dans quelque chose ressemblant à un Holy Motors sous stéroïde, le spectateur se met à remiser toutes ses questions au placard, et délègue le décodage à une partie lointaine de son cerveau. Jerzy aurait voulu faire une spéciale dédicace au Chaos, il n’aurait pas fait mieux – un canidé roux ressemblant furieusement à une mascotte emblématique d’un film de Lars von Trier, une actrice, elle aussi, rousse capahutée de nulle part à la fin du film… G.R.

« AU HASARD BALTHAZAR » PAR JERZY SKOLIMOWSKI
« C’est le film le plus important pour moi, parce que c’est le seul qui m’ait vraiment ému, profondément touché. L’histoire de cet âne est bien plus touchante que n’importe quelle aventure humaine. J’apprécie particulièrement le style de Bresson, parce qu’il est dénué de tout sentimentalisme et parce qu’il est assez nonchalant, presque désinvolte. J’aime les films qui n’emploient pas une stratégie agressive pour émouvoir le spectateur. »
19 octobre 2022 en salle / 1h 29min / Drame
De Jerzy Skolimowski
Par Ewa Piaskowska, Jerzy Skolimowski
Avec Sandra Drzymalska, Tomasz Organek, Mateusz Kosciukiewicz

 

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