« Emmanuelle » de Audrey Diwan: ça a beau être un remake, c’est toujours aussi ringard

LES ETOILES DE LA REDAC

Lucie Chiquer
Thibault Rivera

Mélodie d’amour chante le corps d’Emmanuelle. Emmanuelle est en quête d’un plaisir perdu. Elle s’envole seule à Hong Kong, pour un voyage professionnel. Dans cette ville-monde sensuelle, elle multiplie les expériences et fait la rencontre de Kei, un homme qui ne cesse de lui échapper.

Portrait d’une femme en fantôme. Dans les seventies post-mai 68, Emmanuelle (Just Jaeckin, 1974) s’est imposé comme une petite révolution: enfin à l’écran, une femme avec une libido! Subversif il y a 50 ans, le film de Jaeckin l’est cependant beaucoup moins en 2024. S’y aventurer, c’est assister à l’émancipation sexuelle d’une femme par la masturbation et le lesbianisme, mais c’est surtout y croiser male gaze, sexisme banalisé, et culture du viol. Donc lorsque Audrey Diwan se met en tête de dépouiller l’œuvre originale de ses vieux démons, il y avait peu de chance pour que ça foire. Sauf que, bingo, c’est totalement raté.

Sur la banquette d’un avion direction Hong Kong, Emmanuelle s’amuse à remonter sa jupe, histoire de bien faire comprendre à son voisin qu’elle a envie de faire un petit tour aux toilettes en sa compagnie. Une scène d’introduction qui donne le ton, le reste du film étant du même acabit: testeuse d’hôtel luxueux (elle n’est ici pas épouse d’un diplomate comme en 1974, mais carriériste célibataire), Emmanuelle passe ses journées à errer langoureusement dans les couloirs de l’établissement, avide du moindre regard qui pourrait se poser sur elle. Mais comment voir en cette poupée fantasmée sortie tout droit d’un magazine une femme sensuelle faite de chair et d’os? Eh bien, la tâche s’avère laborieuse.

Là où Sylvia Kristel apportait un petit charme à son Emmanuelle candide qui enfreint les règles de bienséance, celle de Noémie Merlant se révèle totalement désincarnée dans sa quête du plaisir. L’actrice apparait engourdie, si bien qu’on ne peut s’empêcher de se demander quelle allure aurait eu le film avec Léa Seydoux dans le rôle-titre… Mais pour l’heure, Emmanuelle demeure aseptisée, voire carrément fantomatique, à l’image de ceux qui lui donnent la réplique: Will Sharpe, aussi séduisant soit-il, incarne un type un peu trop sibyllin, tandis que le magnétisme lynchien de Naomi Watts ne sera jamais exploité. Tout est si lisse que rien n’accroche.

Quand embarras se substitue à érotisme. Difficile donc de voir en Emmanuelle autre chose qu’une relecture bourgeoise un poil fainéante qui ne tient aucune de ses promesses. Moderne et féministe, le film ne l’est pas: la jouissance finale cathartique du personnage sera rendue possible, sans grande surprise, grâce à l’homme dont elle implore la validation pendant près de deux heures. Le résultat est vieillot, gênant, à peine lascif, et la seule chose qu’Emmanuelle parvient à provoquer, c’est un long soupir…

25 septembre 2024 en salle | 1h 47min | Drame, Erotique
De Audrey Diwan | Par Audrey Diwan, Rebecca Zlotowski
Avec Noémie Merlant, Will Sharpe, Naomi Watts
Le résultat est vieillot, gênant, à peine lascif, et la seule chose qu’Emmanuelle parvient à provoquer, c’est un long soupir..."Emmanuelle" de Audrey Diwan: ça a beau être un remake, c'est toujours aussi ringard
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!