[CRITIQUE] EASTERN BOYS de Robin Campillo

Daniel (Olivier Rabourdin) aborde Marek dans une gare parisienne où ce dernier traine avec sa bande. Il lui propose de le retrouver chez lui le jour suivant. Mais lorsque Daniel ouvre la porte de son appartement le lendemain, il est loin d’imaginer le piège dans lequel il s’apprête à tomber et qui va bouleverser sa vie. Mieux vaut ne pas trop en savoir avant d’y aller… Collaborateur émérite et discret de Laurent Cantet, le réalisateur Robin Campillo revient pour son second long métrage avec un thriller bluffant, aussi complexe qu’ambitieux, qui invite à se méfier des apparences. Dès l’impressionnante séquence liminaire, Campillo plonge ses personnages dans le chaos façon thriller paranoïaque, les regarde évoluer dans des lieux anonymes ou pas (gare, chambre à coucher, hôtel torve), travaille l’ambiguïté des rapports et n’a peur de rien, surtout pas de la morale ou des genres (de la romance à l’action).

On se souvient que, dans son coup d’essai fantastique Les Revenants (qui a inspiré la série télé devenue culte), des morts visitaient les vivants, les renvoyaient à la morbidité de leur existence. Des corps étrangers envahissaient un environnement familier, le bouleversaient et plongeaient ceux qui l’habitaient dans un état d’hébétude, ne sachant pas comment « composer » avec eux. Eastern Boys raconte la même fracture, la même intimité ravagée par une attraction irrésistible, confronte des personnages ordinaires à des choix extraordinaires et, sans cesse dans l’incertitude, nous teste, aussi. Ce que l’acteur Olivier Rabourdin accomplit, dans un rôle bouleversant de fantôme revenu à la vie par l’amour, est sidérant. De la même façon, comme lui et comme son personnage qui découvre la bravoure dans un héroïsme de dernière minute, le spectateur est invité à prendre des risques et à se prendre au jeu d’un film génialement audacieux, ancré dans l’époque (immigration, identité, sexualité), qui parle sans le moindre jugement de ce qui nous dépasse, nous perd, nous détruit ou, au contraire, nous transcende.

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