« Dream scenario » de Kristoffer Borgli: oui, Nicolas Cage fait encore rêver le cinéphile

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Toujours poussé vers des projets lui demandant d’être plus Nicolas Cage que Nicolas Cage, le fiévreux trublion de la famille Coppola se retrouve à présent absorbé par A24, dont on se méfie toujours un peu plus de l’effet «film-culte-tout-cuit-tout-prêt-sorti-du-four». D’ailleurs, l’idée d’un Cage caméléon se démultipliant dans des scènes oniriques avait tout pour évoquer une variation d’un certain Everything Everywhere all at once. Pas sûr qu’on en ait franchement besoin… Bien moins excentrique que le film du tandem des Daniels Kwan/Scheinert, Dream Scenario repose sur un concept surréaliste que n’auraient pas renié Charles Kaufman et Luis Buñuel: un monsieur-tout-le-monde incarné par un Cage – pour une fois dégarni – prof à l’université de son état, découvre stupéfait qu’il hante innocemment les rêves de milliers de personnes! Arrivent inéluctablement les regards curieux, les rires, puis la célébrité, la folie virale. Puis bientôt, les soupçons, les interrogations, et même la méfiance. Une fois la phase du rêve rigolo évacuée, la star onirique accidentelle devient petit à petit, et sans pouvoir y faire quoique ce soit, un Freddy Krueger en charentaise.

Passé bien vite de son pays natal à son passeport hollywoodien, Kristoffer Borgli (Sick of myself) est chapeauté par notre cher Ari Aster (Hérédité, Midsommar, Beau is afraid, need we say more?), et ça se voit: pas tant dans la bizarrerie ou dans certains effets de montage, davantage dans la propension à la dégringolade infernale du personnage principal. À tel point que Dream Scenario a des relents très «Nicolas is Afraid» avec ce pauvre homme voyant l’univers entier s’acharner sur lui jusqu’à se rabougrir au rang de paria. Si Aster fonçait sur l’autoroute de l’absurde à 300km/h, Borgli, lui, paraît plus mesuré et drague même davantage Charlie Kaufman, l’autre spécialiste du cafard existentiel (comment ça, vous n’avez toujours pas vu Je veux juste en finir?). Les scènes oniriques, pas si nombreuses, finissent par paraître même purement accessoires. La réflexion sur les dommages collatéraux de la célébrité, parfois incontrôlée (on pense au précédent film de Borgli, Sick of Myself, mais aussi à Cage lui-même, en passant par les pauvres bougres récoltant tous les spotlights le temps d’un meme à la noix), occasionnent quelques bons moments gênés, mais le film s’étire artificiellement sans vraiment savoir comment rebondir.

Relativisons: Cage y est très bien et le film se conclut sur le très beau City of Dreams de Talking Head. C’est déjà ça de gagné. J.M.

27 décembre 2023 en salle / 1h 41min / Comédie, Fantastique
De Kristoffer Borgli
Scn Kristoffer Borgli
Avec Nicolas Cage, Julianne Nicholson, Michael Cera

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