A chaque fois qu’il réalise un film, Quentin Tarantino revisite un genre : le polar pour « Reservoir Dogs », le film noir pour « Pulp Fiction », la blaxploitation pour « Jackie Brown », le kung-fu pour « Kill Bill », les films Grindhouse pour « Boulevard de la mort », le film de guerre pour « Inglourious Basterds » et désormais le western pour « Django Unchained ». Le résultat, foisonnant et opératique, rend hommage à tout un pan de cinéma, plus précisément celui de Sergio Leone (« Le bon, la brute et le truand », 1966) jusque dans les emprunts d’Ennio Morricone et de Luis Bacalov. A travers ce projet, Tarantino se cherche comme son fils spirituel, espérant suivre le même parcours de vétéran et réaliser un jour son « Il était une fois en Amérique ».
Le titre, « Django Unchained », est une référence au film « Django », de Sergio Corbucci (1966), dont le rôle-titre était interprété par Franco Nero. Mais de la même façon qu' »Inglourious Basterds », présenté comme le remake d’un vieux film de Enzo G. Castellari alors que pas du tout, « Django Unchained » ne possède pas de points communs avec « Django ». Il s’agit juste d’un clin d’œil, esquivé par un cameo de Franco Nero qui parle du nom Django avec Jamie Foxx (le d ne se prononce pas). L’ancien et le nouveau Django se rencontrent mais ne joueront pas dans les mêmes films.
En fait, « Django Unchained » fonctionne surtout comme « Inglourious Basterds ». Alors que dans son précédent film, il filmait la France sous l’occupation nazie en mélangeant plusieurs langues (anglais, français, allemand, italien), plusieurs genres (le western spaghetti, le film de guerre, la Nouvelle vague) et plusieurs cinéphilies (Margheriti, Hawks, Lang, Hitchcock, Pabst, Clouzot), Tarantino bafoue de nouveau les repères chronologiques en utilisant le cinéma pour réécrire le passé, pour venger les persécutés et les opprimés de l’histoire.
La différence, c’est que l’art de la rhétorique ne tourne pas à vide (une écriture plus rigoureuse, des dialogues brillants à double-sens et un enjeu plus clair, moins de digressions) et que l’intrigue, implacable, mène logiquement vers un climax flamboyant. L’écrin est d’époque, mais le reste, intemporel. Le décor et l’histoire tiennent respectivement du meilleur des westerns et du suspense propre au film de vengeance. Au-delà du contexte, Tarantino excelle dans l’incarnation et réussit à faire tenir l’émotion grâce à une histoire d’amour aussi déchirante qu’improbable entre deux esclaves (Jamie Foxx et Kerry Washington) en quête d’affranchissement, érigés ici en couple Hollywoodien.

