[CRITIQUE] DÉTECTIVE DEE : LA LÉGENDE DES ROIS CÉLESTES de Tsui Hark

Cinq ans après l’expérience douloureuse de Seven Swords, Tsui Hark revient avec son meilleur film depuis une éternité : un wu xia pian (film de sabres chinois) qui tient autant du récit d’aventures, de la poésie picturale que du thriller surnaturel et qui devient au bout d’une demi-heure un idéal de divertissement acrobatique et romanesque, baroque et accessible. Le récit suit un détective libéré de prison (Andy Lau) qui doit élucider une série de meurtres par combustion spontanée mettant en péril le sacre de la première impératrice de Chine. Ce double chinois de Sherlock Holmes semble être l’homme parfait pour une telle affaire parce qu’il en a les capacités physiques, philosophiques et intellectuelles. On retrouve la figure du héros indépendant, intuitif et éclairé, qui cherche à résoudre une enquête pleine de faux semblants (distinguer l’être et le paraître) et à anticiper sur des ennemis qui ne révèlent leur véritable nature que dans le combat. Bien qu’invité à se méfier de tous, le protagoniste est épaulé par un commissaire albinos (Deng Chao) et une proche de l’impératrice (Li Bing-Bing), dont les premières apparitions à l’écran ne manquent pas de magie. En désignant l’homme comme une somme indissociable de défauts et de qualités, Tsui Hark montre des amis et des ennemis, des alliances qui se font et se défont selon les intérêts et les motivations.

De bout en bout, on est en plein sérial, nourri de péripéties feuilletonnesques, où les dialogues possèdent autant d’intensité que les scènes d’action. Progressivement, Tsui Hark tire l’enquête policière vers le ballet cosmogonique dans une Chine en chaos à la recherche d’un équilibre impossible (d’où la conclusion désabusée qui risque d’être mal comprise). Parmi les autocitations (beaucoup de Once Upon a time in China, Pekin Opera Blues, Zu et Swordsman), on pense à Butterfly Murders (1978), son premier long métrage, également construit comme une enquête médiévale gonflée de chausse-trappes, de métamorphoses et de trompe-l’œil. Visuellement, Tsui Hark use de l’image de synthèse et des effets spéciaux comme un artisan en générant une variété d’ambiances à la fois sombres et poétiques que l’on goûtera selon sa sensibilité. Comme dans un jeu vidéo, la caméra montre tout ce que le détective voit et accentue ses émotions. Moins de confusion visuelle (pas de décadrage, ni de découpage heurté) pour plus de lisibilité mais autant d’énergie, d’expressivité et de mouvements que le cinéma Hongkongais du début des années 90. A l’arrivée, à défaut de proposer une nouvelle norme, Detective Dee s’avère extrêmement efficace et il faut y voir un signe de plénitude pour un cinéaste désormais serein qui ne se laisse plus déborder par les improvisations de dernière minute. Ça s’appelle la force tranquille.

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