Derrière la chronique régionaliste sur le mal-être, Le Dernier des fous, le précédent Laurent Achard, faisait déjà référence au cinéma fantastique : la mère enfermée dans sa chambre, le visage horrifié et horrifiant, rappelait les fantômes japonais; les étranges silhouettes dans les bois ressemblaient à des tueurs en série prêts à bondir sur leurs proies; et la conclusion citait ouvertement La baie sanglante, de Mario Bava. Il semblait donc logique qu’Achard réalise un vrai film de genre sans se cacher derrière des prétextes ni dissimuler des clés. Comme son titre l’indique, Dernière Séance n’augure aucun espoir, surtout après un film qui s’appelle «Le dernier des fous» ou lorsque le cinéma dans lequel se passe la majorité de l’action projette Last Days et un Chantal Akerman. Bienvenue dans la tête d’un dépressif ? Heureusement, non. L’ensemble propose une jonction idéale entre film d’auteur et slasher avec un tueur en série cinéphile qui tue à l’arme blanche et qui, dans sa province paumée où seuls les karaokés sont ouverts passé 22 heures, nourrit une obsession maladive pour les stars Hollywoodiennes.
Achard filme le vécu, la solitude, le désœuvrement, la panique intime, l’impossibilité de communiquer dans un trou paumé. Par-dessus tout, il respecte les conventions sans théoriser: une sexualité compliquée, une histoire d’amour contrariée, un trauma Œdipien. On peut aussi voir, à travers la fermeture programmée de cette salle de cinéma, une dernière célébration de l’art du mensonge: le faste éteint de la grande époque d’un cinéma indépendant, désormais en voie d’extinction, et un hommage nostalgique, presque ivre et enjoué, à tous les cinémas – autant celui de Michael Powell (les pulsions scopophiles de sonVoyeur), que celui de Jean Renoir (French Cancan abondamment cité) -, à la croyance du pouvoir des images et à une époque quasi-révolue où les films étaient sacrés, pas encore massacrés par les téléchargements illégaux, les cartes illimitées et la paresse intellectuelle. En corollaire, Dernière Séance montre le poids de la cinéphilie dans une existence : comment cette passion déclenche les fantasmes de mythe, provoque des rencontres inattendues, isole dans une bulle de ressassement et protège d’une réalité qui hélas ne ressemble pas au cinéma.
[CRITIQUE] DERNIERE SEANCE de Laurent Achard
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