[CRITIQUE] Démineurs de Kathryn Bigelow

A l’origine de Démineurs il y a le récit du journaliste Mark Boal qui a suivi une unité d’élite de démineurs volontaires de l’armée Américaine en Irak, chargés de désamorcer les bombes, les pièges et autres kamikazes dans des quartiers civils ou des théâtres de guerre. A l’écran, Kathryn Bigelow, dont on n’avait plus de nouvelles depuis K19 : the widowmaker, en tire une bombe à retardement.

Avec Démineurs, Kathryn Bigelow propose une expérience comparable à celle du Redacted, de Brian De Palma: traiter un sujet polémique de manière abrasive en utilisant de vieilles obsessions. De Palma actualisait la trame de Outrages pour étudier les disparités entre deux époques distinctes et donner à réfléchir sur la manipulation des images. Bigelow met une phrase en exergue (« La guerre est une drogue ») pour accentuer le lien thématique avec ses précédents longs métrages: la soif d’addiction – et l’ivresse qui en découle –, la création d’une communauté marginale et l’attirance irrésistible du danger. Dès le départ, la cinéaste cherche un traitement viscéral et immersif, travaillant la subjectivité pour représenter le quotidien d’un soldat (Jeremy Renner) peu à peu contaminé par son environnement, sans le trahir. Certains trouveront choquant que Bigelow ne propose que le point de vue US des événements et néglige la population Irakienne. Mais comme chez De Palma, la controverse est proportionnelle à la prise de risque. Rien qu’à ce niveau, l’exercice est passionnant.

Au-delà des audaces, il faut louer la narration sèche et une esthétique documentaire adéquate (quatre caméras super 16mm, caméra à l’épaule tremblotante, reprises de point incessantes, décadrages, zooms). Bigelow n’a pas plaisanté non plus avec ses comédiens, obligés de faire des séjours chez les militaires, qui pendant le tournage des scènes les plus tendues, ne savaient même pas d’où ils étaient filmés. Ce qui fut éprouvant pour les acteurs l’est aussi pour le spectateur qui n’échappe ni au réalisme, ni à l’urgence panique avant de mordre la poussière. La force de Démineurs réside autant dans sa tension insoutenable, générée puis amplifiée par les déminages des bombes pendant près de deux heures que dans un constat tragique et humain que le scènes finales, idéalement dépourvues de pathos, viennent asséner. Pour un résultat qui a coûté moins de 12 millions de dollars, on peut applaudir.

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