Demain dès l’aube, sélectionné au festival de Cannes 2009, présenté dans la section « Un certain regard », assure que le réalisateur Denis Dercourt (La tourneuse de pages) aime désormais les climats pervers et les histoires discrètement dérangeantes. Avec ce titre tiré d’un poème de Victor Hugo, Denis Dercourt annonce le grondement sous le vernis des apparences. Il ausculte la relation entre deux frères, réunis par une mère malade. L’aîné est un pianiste reconnu à une échelle internationale mais qui n’arrive pas à gérer son rôle de père et d’époux. La plus jeune souffre du réel et se réfugie dans un univers de batailles historiques, au point d’être coupé de la réalité… Avec sa manière de ne pas y toucher, Denis Dercourt, réalisateur de La tourneuse de pages, utilise un sujet audacieux (les jeux de rôles) comme métaphore d’Internet pour décrypter l’engrenage psychologique des deux frères : l’un est un pianiste reconnu qui a tout réussi dans la vie ; l’autre, un loser qui cherche l’épanouissement dans une réalité virtuelle. Tout s’écroule lorsque l’un s’abîme dans l’univers de l’autre.
L’intérêt de Demain dès l’aube, c’est de maintenir le suspense entre ce qui est réel et factice, de mélanger alternativement les époques dès le prologue, de ne pas déterminer la limite entre la menace et le bluff. Surtout, il exploite le thème de l’addiction jusqu’au bout. En oscillant sans élire de territoire, Dercourt épouse cette humeur fluctuante et cette schizophrénie en mêlant l’humour et le tragique avec une vigueur proche du cinéma de Jean-Louis Trintignant dans les années 70 (Une journée bien remplie). Il manque nonobstant l’ampleur formelle qui aurait rendu le scénario, plutôt original pour un film français, encore plus vertigineux. Autrement, si Jérémie Rénier reste plus sur la défensive, Vincent Perez n’est jamais aussi bon que lorsqu’il montre les crocs, joue le jeu des dupes et provoque des duels. Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, c’est son meilleur rôle depuis une éternité. Mais à force de discrétion, le film risque de passer sous le radar.

