[CRITIQUE] DARK HORSE de Todd Solondz

Todd Solondz a donc tourné la page. De « Happiness » à « Life During Wartime », celui qui rêvait dans les années 80 de devenir le nouveau Woody Allen et qui a compris dans les années 90 qu’il n’y arriverait pas, s’est spécialisé pendant une longue décennie dans les comédies bizarres, politiquement engagées, spirituellement féroces et parfaitement ancrées dans l’air du temps, avec monstres humains (« Happiness ») et ados désœuvrés qui rêvent de célébrité (« Storytelling »). A priori, son nouveau « Dark Horse » semble assez différent : si on y rit beaucoup, le traitement se révèle beaucoup moins abrasif et cynique. D’autant que l’acteur Jordan Gelber apporte à son personnage d’inadapté social une spontanéité et une vigueur presque inédites chez Solondz. Mais si le film, moins dans la raideur drolatique et plus animé qu’à l’accoutumée, paraît plus facile d’accès, il ne perd pas pour autant en profondeur.

Au contraire, « Dark Horse » ressemble beaucoup à ce que Terry Zwigoff a produit en adaptant Daniel Clowes (« Ghost World », 2002). A travers son protagoniste mélancolique refusant les contingences du monde adulte, confronté à l’infantilisation de ses parents (Christopher Walken et Mia Farrow), à la réussite matérielle de son frère (Justin Bartha) et à la détresse d’une bombe neurasthénique (Selma Blair), Solondz rappelle à quel point, dans son cinéma, l’humour a toujours été la politesse du désespoir. Ce qu’il raconte ici (comment on devient un homme, comment on peut manquer une histoire d’amour) est déchirant mais raconté avec une telle légèreté et une telle fluidité qu’il échappe au pathos gluant – marque de fabrique habituelle de Solondz. Les fugues mentales et autres digressions oniriques, déjà expérimentées dans « Palindromes » et « Life During Wartime », confèrent une dimension fantastique à la fois poétique et émouvante.

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