[CRITIQUE] CUBE 2 : HYPERCUBE de Andrzej Sekula

Ne cherchez pas pourquoi : lorsqu’elles se réveillent, huit personnes qui ne se connaissent pas se découvrent prisonnières d’un labyrinthe de salles cubiques: l’Hypercube. Dans cette étrange structure, les lois connues du temps et de l’espace ne s’appliquent plus. Aucun des captifs ne sait comment ni pourquoi il est arrivé là. La survie de chacun dépend de la capacité du groupe à percer les secrets du cauchemar géométrique avant qu’il ne se désintègre, entraînant la mort qui y sont retenus… Hallucination collective, réalité simulée, conspiration démoniaque ou dimension parallèle, ils doivent comprendre. Le général Maguire, militaire, Jerry, un ingénieur électricien, Simon, un consultant en management, Kate, une psychothérapeute, Max, un concepteur de jeux, Sasha, une étudiante aveugle, Julia, une avocate, et Mme Paley, une mathématicienne à la retraite, vont devoir décrypter ce lieu qui défie l’esprit mais aussi survivre aux dangers, aux peurs et à eux-mêmes…

Le Cube est de retour. En plus grand, avec plus de moyens mais sans hémoglobine ni suspense. Ce qui est fatalement plus frustrant. Pour cette suite du premier (et beau) Cube de Vincenzo Natali, on ne reprend pas les mêmes (ce qui est logique) et on recommence : même prologue, même situation, et quasiment les mêmes types de protagonistes. Sauf que les personnages ne sont plus ceux qu’ils étaient : dans le premier Cube, on avait une bande de gens, certes hystériques, mais au moins crédibles et campés avec conviction par des acteurs inconnus qui gagnaient à ne plus l’être. Ici, ce sont d’authentiques caricatures du premier : à la place de la mathématicienne, du flic, de l’ingénieur, on a un vieux bad guy à deux balles, une vioque qui débloque, une handicapée rusée, un nerd à la voix nasillarde… Bref, on ne gagne pas vraiment au change, de même que le procédé devient de moins en moins réaliste : alors que dans le premier Cube, les personnages transpiraient et faisaient ressentir leur fatigue (et leurs peurs) – communicatives – au spectateur; dans le second, ils restent impeccablement coiffés et ne semblent pas vraiment affectés par ce qui se passe autour d’eux. Qu’ils se fassent découper en morceaux ou qu’il y en ait un qui se prenne un couteau dans le ventre, on n’éprouve aucune empathie. Ça a donc beau crier très fort, leurs aventures a fortiori éprouvantes ne suscitent pas d’émotion.

Pour tenter de nous faire passer la pilule, les acteurs se débrouillent comme ils peuvent avec des dialogues ineptes, au jargon abscons. Pour montrer qu’on est intelligent, on utilise des expressions que le spectateur lambda ne peut pas comprendre (on passe de «chaos quantique» à «oscillation quadrangulaire» sans oublier le fameux «environnement quantique multidimensionnel»). Le plus amusant étant peut-être cette scène où le personnage de Mrs Paley, la vieille dame qui cabotine un max et pense avoir perdu son chien, dit qu’elle perçoit un «Tesseract». Tout le monde mettra alors une plombe pour deviner ce que c’est ! Pas un des personnages ne réalise par ailleurs que cette femme est érudite en mathématiques et qu’elle pourrait bien être une solution pour s’évader dudit cube, parsemé encore une fois  de chiffres étrangement significatifs…

La découverte de ce Tesseract (en gros, l’Hypercube) permet au script d’introduire timidement des notions qui, au demeurant, sont intéressantes, comme la relativité ou encore des paradoxes temporels (les réalités parallèles qui s’entrecroisent). Comme dans le premier Cube, l’handicapé, celui qui est a priori inférieur aux autres (ici, l’aveugle) est le personnage sur lequel repose la clé du mystère et qui pourrait bien en savoir plus que toute l’équipe. L’effet de surprise en moins, la mise en scène fait ce qu’elle peut pour insuffler de l’intérêt à cette sequel exsangue dont les excès formels ne génèrent jamais l’angoisse.

Restent les cinq dernières minutes du film, presque passionnantes, qui, en proposant une résolution de l’énigme qui vaut pour les deux volets, montrent un épilogue d’une totale noirceur rappelant (l’inspiration, le talent et l’ambiguïté en moins) le dénouement du dérangeant Brazil de Terry Gilliam. Mais même cette fin se retourne contre le film : elle rompt ainsi avec la magie du premier Cube dont le final volontairement abrupt laissait libre cours à toutes les interprétations possibles. S’il peut répondre aux attentes des spectateurs qui n’avaient pas apprécié cette pirouette aussi glaciale que géniale, les autres risquent de voir (à raison) en cette suite une explication démonstrative et finalement vaine du premier.

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