Après la science-fiction (le remake de Solaris), Steven Soderbergh, le cinéaste qui tourne plus vite que son ombre, s’attaque au film catastrophe et s’inspire clairement de l’actualité. En l’occurrence, de la grippe A(H1N1). Dans Contagion, c’est exactement la même infection par un virus qui résulte de phénomènes de recombinaisons à partir de virus de porc, humain et aviaire, et qui se transmet d’homme à homme. Soderbergh en tire également son film de «fin du monde» – c’est tendance – en écho à des préoccupations très contemporaines même si sa version est plus audacieuse et moins nihiliste. Le premier quart d’heure fait idéalement monter la tension en multipliant les points géographiques afin de résumer l’ampleur d’une épidémie qui se transmet aussi bien par la voie aérienne (la dissémination dans l’air du virus par la toux, l’éternuement, les postillons) que le contact rapproché avec une personne infecté (il suffit de lui serrer la main).
Comme d’habitude, Soderbergh refuse les conventions du genre. En surface, il reprend la structure de la chronique polyphonique déjà explorée dans Traffic (2000), avec sa sempiternelle «subversion» consistant à malmener les stars. Une manière comme une autre de s’exprimer aux antipodes des conventions Hollywoodiennes, d’affirmer son identité et donc son indépendance. Ainsi, Jude Law n’a jamais paru aussi fadasse et c’est volontaire : au cas où on ne l’aurait pas compris, ce n’est pas un sex-symbol mais un e-journaliste antipathique, arriviste et vaguement amoché (un problème avec ses dents). A travers lui, Soderbergh sous-tend que la menace du virus vient aussi d’Internet et de ses réseaux sociaux. De manière plus générale, les différents segments sont inégaux. Par exemple, celui avec Marion Cotillard, où la môme rigide se transforme en sainte humanitaire (allô la terre?), est au mieux inexploité, au pire ridicule. Soderbergh n’a pas le temps, trop de personnages à gérer. La piste avec Kate Winslet, dont le personnage est contraint d’abandonner les recherches plus tôt que prévu, est plus intéressante. Mais c’est Matt Damon qui s’en tire le mieux, enfin crédible pour jouer les pères de famille dépassés par le chaos, et il n’a pas perdu les kilos pris pour le précédent Soderbergh, The Informant. La conclusion tente de provoquer la même stupéfaction que le prologue (efficacité totale de la musique et du montage). Seulement, l’intérêt s’est quelque peu dilué. D’autant que, comme tous ces cinéastes prolifiques – Winterbottom souffre du même défaut -, Soderbergh donne l’impression de penser à son prochain film au moment de tourner celui-ci.

