« Close » de Lukas Dhont: du cinéma-cupcake tire-larmes sans saveur ni créativité

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Léo et Rémi, 13 ans, sont amis depuis toujours et sont unis tels le pouce et l’index d’une main (pas trouvé meilleure métaphore). Jusqu’à ce qu’un événement impensable les sépare. Léo se rapproche alors de Sophie (Émilie Dequenne), la mère de Rémi, pour essayer de comprendre… Mais ce qui est impensable n’est pas compréhensible… Alors là, permettez-nous de vous dire qu’on n’aime pas du tout cette chose et que les critiques qui se sont laissés avoir comme des bleus ne sont pas des gens sérieux (ils ont peut-être un cœur, contrairement à nous, mais ils ne sont pas sérieux). Mettons-nous d’accord. Les enfants blonds aux yeux bleus et mignons tout plein qu’on croirait échappés d’un spot de pub Petit Bateau de 1996 nous attendrissent: là n’est pas la question. Mais devant Close, on a l’impression d’avoir affaire à un éreintant tire-larmes très très sûr de lui, pas modeste pour un sou, comme si le cinéaste de l’intrigant Girl s’était soudain transformé en une tête de Xavier Dolan bien trop grosse pour des épaules de dimensions usuelles.

Première chose qu’on remarque dans le film: sa dimension profondément autistique, le monde autour de nos personnages toujours filmés en plan serré n’existe littéralement pas, comme si le cinéma ne pouvait se concevoir qu’à condition d’évacuer tout ce qui ne sert pas la matière première d’un acteur-despote à qui l’on doit tout. Dans un film comme Un monde où la cour de récré est un champ de guerre, la chose peut avoir un sens. Mais dans Close, elle témoigne déjà d’une conception du cinéma bien étriquée et d’un amour auto-dirigé pas franchement agréable, qui culmine d’ailleurs dans le fait que le personnage de Rémi est à proprement parler pas intéressant du tout, et ce, en dépit de sa stature d’enfant mannequin La Redoute (le vrai relais du cinéaste, c’est le petit Léo, et c’est lui qui va prendre toute la place dans ce film auréolé d’un sérieux papaaaaallll).

Si la direction d’acteurs est impeccable, si les visages resplendissent dans un cadre conçu pour eux, le montage provoque lui un ennui profond: à des scènes statiques et silencieuses succèdent systématiquement des moments bourrins – du hockey sur glace de keums ayant besoin d’affirmer leur virilité et tapant fort dans le palais, du brouhaha en classe avec décibels montés au maximum de la salle Debussy – soit la définition d’une non-créativité cinématographique flagrante. Apparemment, la presse culturelle du pays a bien suivi. Nous, on apprendra à se méfier des dolanneries et autres avatars d’un cinéma cupcake parti pour accaparer les tapis rouges (bingo: Close a obtenu le Grand Prix au dernier Festival de Cannes) encore une ou deux décennies. G.R.

2 novembre 2022 en salle / 1h 45min / Drame
De Lukas Dhont
Par Lukas Dhont, Angelo Tijssens
Avec Eden Dambrine, Gustav De Waele, Emilie Dequenne

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