[CRITIQUE] CITY OF LIFE AND DEATH de Lu Chuan

Lu Chuan s’est fait connaître en France avec Kekexili, la patrouille sauvage, un western chinois qui révélait une capacité à mettre en scène la brutalité des combats comme l’élégie mortifère des agonies. City of life and death confirme par sa virtuosité stylistique qu’il est né avec une caméra dans la tête. Surtout, il lève le voile sur un sujet tabou, pourtant ancré dans la mémoire collective : le massacre de Nankin, le 13 décembre 1937, lorsque la ville chinoise fut assaillie par les japonais. Chuan a eu envie de le traiter lors d’une visite au mémorial dédié aux victimes. En sortant, il n’a pas pu s’empêcher de ressentir la frustration de ne pas en savoir plus sur les deux camps. C’est pour cette raison que la tragédie est racontée sous un angle inédit pour un film chinois, en provoquant l’ire des nationalistes et en épousant notamment le point de vue d’un soldat japonais (Hideo Nakaizumi) qui découvre la naissance des sentiments, la perte de l’innocence et l’horreur du monde dans une ville assiégée où survivent les opprimés et règnent les envahisseurs. Cette absence de manichéisme reste un bon argument pour ceux qui taxent aujourd’hui l’ensemble d’être propagandiste.

Le récit est fragmenté en deux blocs : le premier axé sur le général, le second sur l’intime. Si les sentiments exprimés y sont toujours exacerbés, on note quelques nuances subliminales d’une partie à l’autre, ne serait-ce que dans la représentation de la violence. Au départ, elle est anonyme (des plans sur des soldats fantomatiques dans un écrin cauchemardesque) avant de toucher directement des personnages confrontés à des choix cornéliens. Chuan va jusqu’à la faire ressentir physiquement en évoluant de l’extérieur à l’intérieur. Le seul problème, c’est que, passé une première partie hallucinante qui évoque les germes d’un uppercut proche de Requiem pour un massacre, d’Elem Klimov (1986), le cinéaste cherche l’humanisation et donc la dramatisation des situations en flirtant par intermittences avec le memoriam poids lourd d’une telle reconstitution. Certes, tout ce qu’il raconte est rigoureusement vrai et décrit en s’appuyant sur les carnets intimes de soldats japonais et les témoignages de survivants. Mais on ne peut s’empêcher de penser que son film, presque parfait pendant une heure, aurait sans doute été plus percutant s’il avait persévéré dans l’abstraction sans pêcher par didactisme.

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