« City of darkness » de Soi Cheang: la véritable relève de l’action made in Hong Kong

Laisse allez, c’est du cinéma. Dans les années 80, le seul endroit de Hong Kong où la Loi Britannique ne s’appliquait pas était la redoutable Citadelle de Kowloon, une enclave livrée aux gangs et trafics en tous genres. Fuyant le puissant boss des Triades Mr. Big, le migrant clandestin Chan Lok-kwun se réfugie à Kowloon où il est pris sous la protection de Cyclone, chef de la Citadelle. Avec les autres proscrits de son clan, ils devront faire face à l’invasion du gang de Mr. Big et protéger le refuge qu’est devenue pour eux la cité fortifiée.

Il y a deux films en un dans City of darkness de Soi Cheang. Le premier est une célébration de Hong Kong à travers l’évocation sensible de la citadelle de Kowloon, un quartier légendaire que les Anglais ont démoli un peu avant la rétrocession de 1997 pour rendre à la Chine une ville «propre». Le quasi bidonville labyrinthique s’étendait d’un seul bloc sur un peu moins de 3 hectares et s’élevait sur 14 étages, abritant une population d’une densité folle (50 000 habitants à l’époque de sa démolition). Le projet d’y situer un film remonte à une vingtaine d’années, impliquant différents réalisateurs comme John Woo et Johnnie To, et finalement la tâche est revenue à Soi Cheang qui a mis plusieurs années à compléter la production entamée en 2021.

Si sa vision de Hong Kong était très pessimiste dans Limbo, le regard qu’il porte cette fois s’apparente à une forme de tendresse pas vraiment nostalgique parce que l’endroit ne peut objectivement pas être décrit comme un paradis perdu. Néanmoins, les prises de vue quasi documentaires expriment une proximité touchante avec la majorité des artisans et petits commerçants qui composent la véritable population (c’est-à-dire ni des flics ni des gangsters) du lieu. L’autre film, situé dans les années 80, est prétexte à une frénésie d’action non-stop, impliquant le migrant Lok Kwan (Raymond Lam) qui cherche à obtenir des papiers pour vivre tranquillement, mais se trouve impliqué dans la rivalité qui oppose deux gangs. Par la force des choses, il atterrit dans la citadelle dirigée par Cyclone (Louis Koo) où il finit par se faire accepter. Mais un invraisemblable coup de théâtre révèle qu’il est un élément essentiel de la guerre entre les deux gangs.

Assez basique et rempli d’invraisemblances, le scénario est au service de séquences spectaculaires filmées en studio dans des décors gigantesques et sophistiqués, l’ensemble témoignant d’une véritable relève de l’action made in Hong Kong. Les cascades sont signées de l’artiste martial Philip Ng, qui joue à côté du chef de gang incarné par Sammo Hung, le super méchant King, pittoresque à la limite du ridicule, mais auquel le scenario attribue des pouvoirs surnaturels jamais expliqués. Mais c’est le genre de défaut qu’on pardonne volontiers, les qualités du film surpassant largement ses faiblesses. À Hong Kong et en Chine, c’est déjà l’un des plus gros succès de l’année.

4.0 out of 5.0 stars
14 août 2024 en salle | 2h 05min | Action, Thriller

De Soi Cheang | Par Kin Yee Au, Tai-lee Chan
Avec Louis Koo, Sammo Kam-Bo Hung, Raymond Lam
Titre original Jiu Lóng Chéng Zhài·Wéi Chéng

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