Critique Chungking express de Wong Kar-wai

Réalisateur de 2046 et In The Mood for Love, Wong Kar Wai sera la semaine prochaine à l’honneur à travers un coffret comprenant quatre de ses films, tous de purs petits bijoux d’une autre époque mais toujours aussi efficaces et touchants aujourd’hui. Parmi eux, un standard culte : Chungking Express, où déjà Tony Leung et Faye Wong tombaient amoureux l’un de l’autre, dix ans avant 2046, dans une histoire où dates de péremption et hasard des rencontres illustraient les sentiments des personnages. En attendant le test complet de ce coffret, nous vous proposons une critique de ce film, tout bonnement indispensable et inoubliable.

Rien que l’introduction est un délice. Une femme blonde, vêtue d’un imperméable, lunettes noires, déambule dans des couloirs sombres, se retourne avec une élégance folle, avant de reprendre son chemin. Un rideau est tiré. Belle métaphore. C’est le début de Chungking Express, fiction magique tournée par le réalisateur en quelques jours pendant le tournage des Cendres du temps, et on est déjà sous le charme. Mise en scène sensuelle, musique envoûtante qui génère une tristesse diffuse et troublante, ciels bleus immensément romantiques que seuls les âmes tristes peuvent contempler, une rencontre, un croisement entre un flic (Takeshi Kenshiro) et une tueuse (Brigitte Lin). Dans quelques heures, ils tomberont amoureux : il est beau mais n’ose plus se lancer, elle est belle mais ne désire plus rien. Il noie son chagrin solitaire en bouffant des boîtes d’ananas à consommer avant le 1er mai (pour se donner une raison de vivre). Elle, en clopant. Ils se rencontreront dans un bar. Il ne se passera rien, si ce n’est une relation fugace d’un soir, un frôlement, un amour platonique et pas physique. La demoiselle tragique, trahie par la vie, ne peut faire confiance à personne. Lui a la beauté des gens qui sont malheureux en amour, ceux qui ont une pureté d’âme et qui restent inexplicablement seuls…

Un regard dans un snack : les désirs, les histoires s’entrechoquent. On passe à une autre histoire : elle (Faye Wong, sublime) rêve sa vie à travers le California Dreamin des Mamas and Papas. Lui a vécu une passion dévorante avec une hôtesse de l’air qui l’a laissé tomber. Comme à sa plus belle habitude, Wong Kar-Wai parle de cet amour qui fait vivre les êtres, un regard enflammé, discret et pourtant lourd de signification. Rien n’est plus beau que les déambulations du personnage de Faye Wong qui n’ose jamais vraiment regarder la personne qu’elle désire en face, de peur qu’elle ne devine ses sentiments. Toujours des regards en coin, une musique mise à fond pour fuir le quotidien et le malaise, un chemin constamment emprunté pour mieux être vu de l’autre, une maison remise à neuve pour effacer les souvenirs et installer une nouvelle présence… Tout un romantisme timide et profondément beau aux antipodes de la première histoire, plus sombre, plus désespérée. Ici, l’espoir est sourd. Et cette chanson des Mamas and Papas, répétée, encore et encore, accompagne les tumultes de la jeune femme, le début d’une relation naissante. Tony Leung, seul, nu dans son appart, proche de son aquarium, empoignant une peluche de Garfield, a la mélancolie superbe des personnages bouleversants de Tsai Ming-Liang.

Les plus belles histoires d’amour n’ont pas de fin. La preuve, on retrouvera celle-ci dans 2046, nouveau film de Wong Kar-Wai, où Tony Leung est l’écrivain et Faye Wong, la muse inspiratrice. Pour plein d’autres raisons qui restent de l’ordre de l’indescriptible, ChungKing Express est un film sublime qui rend heureux. Pas d’artifice, ni d’émotion trop appuyée, juste des acteurs fabuleux, une histoire qui ne repose que sur la discrétion, la sérénité, une bande-son à tomber et une mise en scène brillante. Du bonheur en bobine, quelque part entre A bout de souffle de Godard et le récent Lost in translation de Sofia Coppola…

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